Antéchrist de Lars von Trier.

11 novembre 2009 at 20:51 (Tac-tic critiques)

D’emblée

C’est ce vendredi 13 novembre que sortira enfin la dernière controverse de l’incontournable cinéaste danois contemporain, le seul, l’unique : Antéchrist de Lars (mon bichon!) von Trier.  Oh! combien attendu par certains, oh! combien effrayant pour d’autres, le dernier opus mérite du moins qu’on si attarde, qu’on y porte attention même si le sentiment final pouvait être négatif ou positif, mais il ne laissera personne indifférent en partie ou en entier et assurera une discussion pour sûr.

L’insoutenable noirceur de la nature humaine

Un couple perd leur jeune bambin de façon brutale alors qu’ils sont en plein coït.  Suite à cette perte, la femme (Charlotte Gainsbourg, magistrale) entre dans les méandres du choc post-traumatique et de la dépression.  Son mari (Willem Dafoe, désarment, froid et efficace), thérapeute de métier, lui apportera son aide afin d’exorciser son mal de vivre profond et sournois.  Pour ce faire, ils quitteront la ville pour la campagne afin de creuser dans les peurs de la femme et de sa nature véritable.

Lars n’allait pas bien

Non, pas bien du tout, le tout a été maintes fois amené sur le sujet et transparait dans son film.  D’ailleurs, je vous avertis tout de suite, si vous n’êtes pas au top de votre forme mentale, attendez avant de voir ce film.  Trier souffrait d’une dépression profonde lors de l’écriture du scénario, il s’en remet toujours d’ailleurs.  Ça donne donc un film à la hauteur de cette mortelle maladie, c’est brutal, féroce, cru et sans pudeur.  Lars von Trier a ce don de pouvoir amener des sujets inconfortables sur la table et de les pousser à bout, de les manipuler de sorte que le spectateur en soit complètement renversé, je donnerai en exemple la peine de mort avec son Dancer in the dark.  Il voit l’expérience cinématographique « comme un caillou dans un soulier » (l’expression est de lui!).  Ça doit déranger et ça il le fait, mais je ne crois pas que le tout soit gratuit, Trier est trop intelligent pour ça.

Gagnant d’un prix spécial « pire film misogyne » donné par un des jurys du dernier Festival de Cannes, Antéchrist a soulevé les passions et les débats.  Trier misogyne?  Non, je ne le crois pas.  Pas du tout.  S’il existe un cinéaste capable de créer des personnages féminins forts c’est bien lui, voyez Nicole Kidman dans Dogville (2003), Björk dans Dancer in the dark (2000), Emily Watson dans Breaking the Waves (1996), elles sont toutes exceptionnelles.   Oui, il y a violence psychologique et physique dans le film, oui ça perturbe, oui il y a coupure de parties génitales, oui la femme s’en prend à l’homme, est-ce vraiment misogyne? Franchement, pourquoi personne ne se lève de cette façon devant la horde de gros films étatsuniens où la femme est stéréotypée à la puissance mille et doit devenir à tout prix fantasmes sexuels, pourquoi personne ne monte aux barricades de la même façon devant les publicités de bière, devant les magazines de moto ou de voitures avec poupounes rutilantes non, mais franchement les hommes traitent Trier de misogyne, arrêtez, vous me faîtes rire!  J’oserai même dire que Trier est féministe.  Outch?!!?  Ouais parce qu’il mets la femme à l’avant-plan de son œuvre depuis plusieurs années, parce qu’il nous offre des femmes torturées, mais fortes et capables de se tenir debout devant la manipulation, l’agressivité, l’injustice, même si se tenir debout peut mener à leur propre mort, elles vont jusqu’au bout du combat.  Trier va au fond de ses idées avec des personnages féminins. Et d’ailleurs à cette question, Trier a donné ceci comme réponse : « J’aime les femmes et je les déteste à la fois. »  Nommez-moi un être qui n’a pas cette opinion des humains en général.  Débattez de ce point comme bon vous semble. En passant, notre cher von Trier a même une compagnie de production de films pornographique au Danemark nommé Puzzy Power, cette compagnie offre de la production de film pornographique pour femmes.  Oui, vous avez bien lu…pour femmes.  Voyez comme il s’occupe bien de nous!

Le sexe maintenant.  Oui, Lars aime le sexe, le sujet est encore frappant dans son dernier opus. Les organes génitaux sont montrés et mutilés sans pudeur.  Dans cette histoire, le sexe est vu comme mortel plus l’histoire avance, s’il n’y avait pas eu de coït, l’enfant serait-il encore vivant?  La chaleur de l’amour se transforme en duel féroce qu’on doit gagner, la nature humaine si douce de prime abord (mais serait-ce un leurre?) explose après le drame et se déchaîne et l’œuvre pose ainsi la question suivante, avons-nous déjà les gènes de la démence ancrés en nous avant qu’un drame arrive et qu’il les ramène à la surface et tente de nous dévorer?  Ouais c’est du profond les amis, car le roi du Danemark ne fait pas dans la facilité.  Antéchrist nous le prouve encore.

Parlons images

C’est connu, Trier est l’un des pères du mouvement Dogme 95 avec caméra à l’épaule, éclairage naturelle et un paquet d’autres règles près de la nature minimaliste.  Par contre, avant l’époque du Dogme 95, Trier a fait des films très structurés et sérieusement mesurés au niveau technique, Europa (1991) en est un exemple vital.  Pour Antéchrist, Trier mélange les styles, la scène d’ouverture en noir et blanc où la musique classique parle seule avec la danse des images du drame qui surgit devant nous est d’une grande beauté cinématographique, certains la trouveront peut-être un peu trop grandiose, tant pis pour eux.  Ensuite, l’angoisse de la nature animale, humaine ou tout simplement naturelle est filmée avec un peu plus de brutalité, caméra à l’épaule pour augmenter la peur, l’horreur ou fixe pour augmenter le désir.  La direction photo est assurée par Anthony Dod Mantle qui a réalisé la direction photo de Slumdog Millionnaire, The Last King of Scotland, ainsi que plusieurs films du Dogme 95 dont le premier Fête de Famille (1998) (Festen de Thomas Vinterberg).  Il assure le mec, il assure!

Finissons en bordel!

Je conclurai sur ceci…si vous vous sentez tenter par le film, allez-y, sinon fuyez-le comme la peste, car il restera coller à vous pendant longtemps.  L’œuvre restera majeure qu’on l’aime ou non dans un futur proche ou lointain. Souvenez-vous d’une chose, Lars n’allait pas bien.  Bon caillou dans votre soulier!

 

Voici le site officiel du film, en anglais (comme la version original du film) et en danois :

http://www.antichristthemovie.com/?language=en

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Sexe, drogues et rock and roll sur un bateau pirate.

10 novembre 2009 at 21:19 (Tac-tic critiques)

L’entrée du jeu

À la fin des années 60, alors que le rock & roll était à son apogée avec The Beatles, The Who, The Rolling Stones, Jimmy Hendrix et j’en passe, le peuple britannique n’avait droit d’entendre à la radio commerciale que 2 heures de musique rock ou pop par semaine.  C’est pourquoi on écoutait les radios pirates.  La plus populaire d’entre elles était installée sur un bateau ancré au milieu de la Mer du Nord, en dehors des juridictions britanniques où de nombreux d.J., aussi colorés les uns que les autres, faisaient équipes pour faire entendre à leurs quelque 25 millions de fans, soit plus de la moitié de la population britannique, la musique de l’heure 24 heures sur 24 qui était interdite pour cause de demandes religieuses et gouvernementales. Ces dernières joueront un rôle primordial dans l’arrêt du joyeux et décadent bateau et de son équipage.  C’est de cette histoire que découle la dernière comédie chorale de Richard Curtis (Love Actually, également scénariste des Bridget Jones ainsi que Quatre mariages et un enterrement et Notting Hill.  Vous voyez le genre!)

Un plat principalement goûteux

Richard Curtis a un don pour la comédie et celui de nous rendre heureux, il m’avait d’ailleurs conquise avec Love Actually qui reste un de mes films préférés de Noël.  Il a le sens du bonbon; c’est drôle, c’est tendre, ça goûte bon.  Il revient donc à la charge avec une distribution britannique et étatsunienne de l’enfer mettant en vedette Philip Seymour Hoffman (dois-je vraiment le présenter?), Bill Nighy (Love Actually : le chanteur), Rhys Ifans (Notting Hill: le coloc) Kenneth Branagh (un des meilleurs acteurs shakespeariens contemporains, dois-je vraiment en rajouter?), Nick Frost (Hot Fuzz), Rhys Darby (le gérant Murray dans The Flight of the Conchords) et ça continue, non c’est pas fini!  Tous prennent les rôles de camarades (sauf pour Branagh qui joue l’antagoniste) dans cette folle aventure où la musique règne.  Richard Curtis a non seulement voulu nous donner un aperçu de sa passion pour la musique du temps, mais je pense qu’il voulait également tenter de faire une sérieuse compétition dans la catégorie « meilleure trame sonore de film avec les succès des années 1960 », tellement que des fois c’est peut-être un peu trop.  Les interprètes s’en donnent à cœur joie, on voit le plaisir autant qu’on le sent, malgré quelques longueurs.

La cerise sur le gâteau

On ne s’attend pas à être approfondis par les Cahiers du cinéma ici, il faut se laisser guider dans le plaisir, car quelques clichés sont à prévoir autant qu’ils ont été prévus comme celui du personnage du méchant ministre (Kenneth Branagh) ayant un accoutrement physique trop propre de celui d’Adolf pour ne pas le reconnaître d’emblée.  Ben oui, qui dit mini moustache de bas de nez avec cheveux cireux et mis sur le côté de la tête en habits drapent de ministre dit gros méchant stricte et sans intransigeance, on le voit à des kilomètres à la ronde.  Également, je crois que Curtis à voulu rendre hommage à James Cameron et à son Titanic, sans avoir le budget ni les effets spéciaux s’envergure, la fin reste du gâteau pas assez cuit, mais encore une fois il faut se laisser voguer, mais je suis quand même contente que personne n’ai été sur la proue du bateau et aie crié : « Je suis le meilleur d.j. du monde! » avec dauphins sauteurs et musique languissante.  Au lieu de ça, ils ont préféré danser, fumer et baiser.   Je reste fan de Richard Curtis mais l’attente avant de voir apparaître ce film sur nos écrans m’a rendue pleine d’espoir, un peu trop pleine d’espoir pour le résultat final.   Mais ça reste, à certains moments, un pur plaisir.

Un conseil si vous aimez la musique, restez jusqu’à la fin et faites la liste des albums montrés durant le générique.

Durée : 115 minutes, amusez-vous, bonne rigolade et bonne écoute!

Sortie : le 13 novembre.  En français comme dans sa version originale anglaise britanno-américaine.

Vous avez le goût de voir des extraits, ben voici

en français :

http://www.vivafilm.com/fr/28/details/display/12306/

et en version originale :

http://www.alliancefilms.com/en/89/details/display/12301/

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Mary and Max de Adam Elliot

10 novembre 2009 at 16:26 (Tac-tic critiques)

Raconte-moi une histoire

En Australie, la jeune Mary Daisy Dinkle est entourée de sa mère alcoolique, de son père travaillant dans une usine et de son poulet.  Son monde est sans amis et le rejet règne. Afin de colorer son univers de petite fille, elle décide d’écrire à un États-Unien inconnu du nom de Max Jerry Horowitz trouvé dans un bottin téléphonique de New-York par hasard.  De son côté, Max est un homme d’âge mûr vivant à Manhattan avec ses poissons Henry, aimant les hot dog au chocolat et ayant de graves difficultés à entrer en contact avec le monde extérieur qu’il n’arrive pas à comprendre.  Son monde est sans amis et le rejet règne autant que ses crises de panique et d’angoisse. Une chose les réunit sans qu’ils le sachent encore: les sucreries ainsi que les Nubblets (dessins animés) dont ils sont fanatiques! Leur correspondance deviendra ainsi leur bouée de sauvetage dans leur monde respectivement sombre.

Durée : 92 minutes

La force de l’animation

Le réalisateur Adam Elliot (Harvie Krumpet, Court métrage oscarisé en 2004) s’attaque ici à la solitude ainsi qu’au rejet avec deux personnages très distincts et attachants qui de prime abord n’auraient jamais dû se rencontrer, mais qui ont été élaborés à partir d’une histoire vraie.  Créé sur une période de 5 ans, à partir du début du scénario jusqu’à la présentation finale, Mary & Max nous plonge dans un monde dur où les personnages vivent sans pudeur ni retenue des épreuves difficiles.  Jeunes enfants s’abstenir, le film n’est pas pour vous, il a été conçu pour des adultes avertis.  On y parle du mal de vivre, de la solitude, de la difficulté à aimer et à être aimé ainsi que de la santé mentale qui se détériorer avec un rien, des sujets abordés avec sensibilité pendant plus d’une heure trente (certains on trouvé ça un peu long).  On passe du côté couleur de Mary au côté noir et blanc de Max avec intérêt et humour, mais l’inconfort reste présent tant les situations sont loin des films de Pixar ou des Walt Disney qui finissent toujours bien.  Si vous avez aimé le court métrage d’animation « Ryan » de Chris Landreth et bien je crois que le film est pour vous.  Évidemment, le style d’animation est très différent, ici le style image par image est de mise et les personnages ont été construits en argile, en polymère, en plastique ainsi qu’en métal.  Il a fallu environ 57 semaines pour tourner le projet, car chaque semaine fournissait environ 2 minutes 30 secondes d’animation.  Une patience de moine de la part d’une équipe d’environ 50 personnes au niveau de la production du film d’animation.  (M’imaginer ici debout, en train d’applaudir cette équipe!!)

Le hic

Ce film australien présenté lors du festival du nouveau cinéma en octobre dernier et ayant remporté plusieurs prix, notamment au festival de Sundance en début d’année, n’est pas disponible en version française ni avec sous-titre français.   Oui, c’est dommage!  La version originale par contre (sentir mon positivisme accru de bilingue) nous offre les voix de Philip Seymour Hoffman (méconnaissable voix de Max) et Tony Collette (Mary plus âgée) entre autres.  Pour les anglophiles, la narration est assurée par Barry Humphries qui interprétait Dame Edna, le populaire travesti ayant interviewé plusieurs personnalités britanniques dont certains membres de la famille royale.  Le film prend l’affiche le vendredi 13 novembre prochain au AMC Forum seulement. Hic!

Pour plus d’information, le site officiel est passionnant, mais anglophone seulement.

http://www.maryandmax.com/

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La donation de Bernard Émond.

8 novembre 2009 at 13:30 (Tac-tic critiques)

En 2005, Bernard Émond nous offrait La neuvaine mettant en vedette Élise Guilbault qui interprétait le docteur Jeanne Dion qui ayant souffert d’un violent choc post-traumatique s’en allait à Charlevoix pour y découvrir, bien malgré elle, une vie différente et attirante qui la fera réfléchir sur sa foi. Ensuite en 2007, Contre toute espérance entra sur les écrans avec Guylaine Tremblay dans le rôle-titre d’une femme qui, vivant paisiblement avec son mari en banlieue vivra de lourdes douleurs, ainsi s’assurera la vertu de l’espérance. Pour clore sa trilogie des vertus théologales, Bernard Émond caresse la vertu de la charité avec La donation qui reprend le personnage du docteur Jeanne Dion qui cette fois part pour l’Abitibi, Normétal plus précisément, pour aller remplacer (temporairement ou de façon permanente) le docteur Rainville (Jacques Godin) qui exerce depuis plusieurs années dans la région et est sur le point de prendre la retraite.

Confession

D’emblée, je dois me confesser : J’ADORE BERNARD ÉMOND ET SES ŒUVRES!! Oui vraiment. Est-ce peut-être parce qu’il a cette manière simple et délicate de filmer les personnages qui me touche d’une façon si profonde, car il vient du documentaire et a étudié en anthropologie? Est-ce peut-être ce respect envers les êtres humains, envers sa recherche sur ceux-ci qui me bouleverse? Est-ce peut-être cette pudeur, cette sobriété dans le geste, la manière et les paysages qui me font penser et rêver? Serait-ce toutes ces suppositions? Probablement. Mais je l’aime profondément et je crois qu’il est un cinéaste primordial de notre cinématographie, car contrairement à plusieurs autres, Bernard Émond est un scénariste et un réalisateur qui ne prend pas son auditoire pour des cons et qui fuit à tout prix la médiocrité et le tout cuit dans le bec. J’ai toujours eu un faible pour les gens qui m’amenait à réfléchir par moi-même.

Vif du sujet

J’ai vu La donation trois fois déjà. Oui, trois fois. Les deux premières un peu avant le festival international des films de Toronto et la troisième en début de semaine, quelques jours avant sa sortie. C’est un grand privilège et j’en suis reconnaissante. De ces trois visionnements, j’en retiens plusieurs choses qui à chaque fois m’ont bouleversée : la pudeur (autant au niveau technique que de la part des personnages), l’interrogation sur notre utilité dans le monde, la peur de la proximité des autres, l’incertitude, la beauté de l’austérité des paysages. On parle peu, on dit l’essentiel, les regards parlent beaucoup plus en étant d’une sobriété et d’une vérité désarmante. Mais attention, peut-être que le tout ne vous charmera pas autant, l’action est discrète, mais si vous avez envie de voir une interprétation a n’en couper le souffle tellement elle est vraie, sensible et tout en retenue, allez admirer Élise Guilbault dans le rôle de Jeanne Dion. Elle est vraiment exceptionnelle. Jutra en vue pour ce film d’une heure trente-six minutes.

Don de soi

J’ai eu le plaisir de rencontrer Bernard Émond au festival international des films de Toronto au mois de septembre dernier. L’avant de l’entrevue est décrit dans le blogue suivant :

https://amenicart.wordpress.com/2009/09/25/jour-7-inconforts-et-entrevue-avec-un-charmant-gentleman

Pour plus d’information sur le film, je vous invite à aller sur le site de son réalisateur :

http://bernard-emond.com/

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