La dernière fugue : humiliation et dignité

17 février 2010 at 16:24 (Tac-tic critiques)

La dernière fugue

De Léa Pool

(Anne Trister (1986), Mouvement du désir (1994), Emporte-moi (1999), Maman est chez le coiffeur (2008)

Film d’ouverture des Rendez-vous du cinéma québécois 2010 du 17 au 27 février 2010.

Scénarisé par Léa Pool et Gil Courtemanche d’après son roman Une belle mort, éditions Du Boréal, 2005.

Avec Jacques Godin, Andrée Lachapelle, Yves Jacques, Aliocha Schneider, Marie-France Lambert, Benoît Gouin, Martine Franck, Isabelle Miquelon, Alexandre Goyette.

Bande-annonce

http://fr.video.sympatico.ca/index.php/fr/video/Divertissement/2/cinma/35036485001/bandes-annonces-cinma/33561651001/bande-annonce-la-dernire-fugue/63862011001

La famille Lévesque est réunie pour le traditionnel réveillon de Noël.  Le père (Jacques Godin) est atteint du Parkinson rigide, la dégénérescence de son corps et la réadaptation font de lui un homme humilié et exécrable, que ces enfants tentent d’ignorer. La mère (Andrée Lachapelle) prend soin de son mari et tente de consolider tout le monde.  Son fils ainé André (Yves Jacques), aidé par son neveu Sam (Aliocha Schneider), tentera d’offrir à son père une mort remplie de dignité.

Voir un père vieillir, je connais ça.  Mon père a 83 ans, bientôt 84.  Je le vois vieillir depuis un moment maintenant.  Il y a 10 ans, il a fait un arrêt cérébro-vasculaire, il a dû réapprendre à marcher, il avait 73 ans.  Je ne sais pas si vous pouvez vous imaginer la honte, le malaise qu’il ressentait envers sa progéniture qui le voyait mettre à la bonne place de gros morceaux de casse-tête d’enfant de 2 ans pour retrouver une dextérité convenable, voir arriver l’infirmière pour un changement de couche, marcher avec une marchette à pas de bébé bien calculé et pensé à chaque fois.  L’orgueil en prend un coup.  L’humiliation est complète.  J’ai été à la fois apeurée et fière de mon père tout le temps de sa réadaptation.  Aujourd’hui, il en perd des bouts, il ne parle presque que du passé, il radote à n’en plus finir, il dit des commentaires méchants sans penser à ce qu’il dit, il est en perpétuelle rage, on le met donc tranquillement à l’écart, on lui adresse moins la parole et on se demande, mes frères et moi, comment ma mère fait pour l’endurer à longueur de journée et si un déménagement serait préférable pour lui, pour eux.  Je me trouve méchante, je m’en veux, je me sens coupable.  Je l’aime beaucoup, mais c’est plus fort que moi, je pense à sa mort souvent et j’imagine quelques fois que je lui donne des coups de poêle à frire sur la tête pour qu’il arrête de se répéter.  Mais oui, je l’aime mon père, je l’aime vraiment!  Mais je l’aimais mieux avant, lorsque ma mère n’était pas sa mère, mais sa femme.

Les jeunes trentenaires n’ont pas, habituellement, ces pensées en tête face à leurs parents, ça vient plus tard, mais pour moi ça fait un bout que c’est commencé, c’est pourquoi d’emblée, j’aimerais vous spécifier que je suis incapable d’être objective face à ce film.  J’ai essayé, mais l’histoire est trop proche de certains événements de ma vie personnelle pour que je puisse réussir à mettre une distance acceptable entre l’œuvre cinématographique, sa facture technique et les sentiments qui se sont engagés naturellement de mon côté.

Il est rare dans la cinématographie québécoise de parler de la vieillesse.  On parle de l’enfance, du démon du midi de la trentaine et de la quarantaine, des aventures de couple, des biographies de vedettes, des faits historiques de jeunes révolutionnaires, mais très peu de la vieillesse, la vraie, celle qui prend en charge le départ d’une certaine dignité humaine.  Vieillir, c’est perdre une certaine partie de notre identité que l’on a forgée tout au long de sa vie.  Vieillir, c’est perdre le contrôle de son corps et de son esprit.  Vieillir, c’est pas fait pour les couillons!

Dès la première scène, mais yeux ont été changé en barrages hydro-électriques qui venaient de se briser.  En 91 minutes, j’ai perdu autant d’eau par mes yeux qu’un athlète olympique par tous ces pores de peau durant le triathlon.  Dès les premières interactions entre les personnages, je me suis noyée dans l’histoire sans possibilités de reprendre mon souffle avant le plan de la fin.  Si vous êtes un tantinet sensible au sujet, un conseil : amenez-vous une boîte de papier mouchoir et un chandail de rechange!

Jacques Godin, juste et solide, en père humilié atteint de Parkinson, gardant une tête de cochon et humiliant ses enfants qui ne lui laissent pas de place, de regards affectueux ni de droit de parole.  Andrée Lachapelle, lumineuse, en femme et mère prise entre l’homme de sa vie et ses enfants.  Les enfants, en particulier André l’acteur (Yves Jacques) qui tentera, avec l’aide d’un de ses neveux (Aliocha Schneider), de mieux comprendre son père, de lui pardonner, de réparer le passé et de veiller à sa mort avec une certaine dignité.   Une scène de famille autour du festin des fêtes qui tire à sa fin, où tous s’engueulent, s’affrontent, est tournée à la façon documentaire de façon brillante.  Je me suis même dit : Bienvenue dans ma famille!  Le seul hic majeur, pour moi, est la dernière image, une image figée qui se détache de la sensibilité du reste du film et qui vient un peu gâcher l’élan final.

Je me suis sentie bien seule en sortant du film, parce que j’avais été la seule à recevoir l’histoire comme une décharge électrique de vérité et de sensibilité.  Certains collègues sont restés assez froids, ce qui me pousse à croire que ce film touchera probablement plus les gens qui passent ou qui sont passés par la connaissance du vieillissement d’un parent que par une génération qui s’emballe encore de revoir à répétition les aventures de jeune en devenir.  Ça m’a presque donné le goût de les martyriser à la poêle à frire!

Informations complémentaires

Dossier sur le film :

http://www.sevillepictures.com/index.php?lng=fr&sct=1

Entrevues Léa Pool :

Écrit :

http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5h_RjtWop7tdDHRcVdFDch_9J2mgA

Audio :

http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2010/CBF/CestBienMeilleurLeMatin201002170815_2.asx

Permalien 3 commentaires

Marilou Berry: Pas vilaine.

17 février 2010 at 14:19 (Tac-tic critiques)

Vilaine

De Jean-Patrick Benes et Allan Mauduit

Bande-annonce :

http://www.azfilms.ca/video/ba_vilaine_fr.html

Sortie au Québec le 26 février 2010.

Depuis le film « Comme une image » (2004) d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, l’actrice Marilou Berry s’impose dans la cinématographie française.  Fille de l’actrice Josiane Balasko et du sculpteur Philippe Berry qui est le frère de l’acteur Richard Berry, Marilou Berry arrive avec profondeur et un sens inné de la comédie à mettre à l’écran des personnages de jeunes filles misent à l’écart par un physique peu populaire cinématographiquement et une force de caractère qui défrichent les avenues peu empruntées des personnages féminins habituels.  Elle est la représentation du « girl power » par excellence.

Sortie en France au mois de novembre 2008, le film-conte « Vilaine » des réalisateurs Jean-Patrick Benes et Allan Mauduit, met en scène Marilou Berry dans le rôle de Mélanie Lupin, une Amélie Poulin politiquement incorrecte qui vacille tant bien que mal dans une gentillesse extrême envers des personnages qui en profitent sans égard.  De son patron Martinez (Pef des Robin des bois ou Pierre-François Martin-Laval) qui n’a de yeux que sur les blondes pulpeuses, ses « amies » Aurore, Blandine et Jessica qui ont à leur façon les mêmes fonctions que les belles-sœurs de Cendrillon, sa mère (Chantal Lauby, pas nulle du tout!) qui pousse la manipulation à l’extrême ainsi que de la voisine de Mélanie qui impose en silence la sortie de son chien sachant qu’elle ne pourrait pas dire non, Mélanie essaie tant bien que mal de faire sa place.  Mais comme toute bonne chose à une fin, une détestable astuce pour détourner Mélanie d’un nouvel amour fera en sorte de transformer Mélanie la gentille en Mélanie l’ultra vilaine.  Mais la méchanceté quand on a été trop gentil, a un prix et n’est pas toujours très facile à manifester.

Comédie dramatique aux multiples références cinématographiques, des films d’horreur et de zombies au « Jour de la marmotte » (« Groundhog Day », Harold Ramis, 1993) et à « Forrest Gump » (Robert Zemeckis 1994), « Vilaine », malgré ses défauts par manque de temps et de financement, reste un film coquin et aimable qui montre que deux hommes peuvent faire un film se consacrant à une antihéroïne et nous donner de bons moments de rigolade et de vengeance féminine sans tomber dans la dentelle avec une Marilou Berri forte et solide.

Informations complémentaires

Sur le film :

http://www.snd-films.com/snd-main.swf?id=98

Clip de bonne année avec Marilou Berry et le chat du film qu’elle a adopté :

http://www.youtube.com/watch?v=ppgCi-h24Ac

Site de Philippe Berry, sculpteur et père de Marilou Berry :

http://www.philippe-berry.com/

Permalien Laisser un commentaire