13 septembre jour 5 : Cessez d’applaudir avant de voir l’excellence.

17 septembre 2010 at 06:58 (TIFF 10)

Ce matin, c’est Potiche. Le dernier film de ce cher François Ozon. Pour me faire plaisir, il a décidé de réunir MON Fabrice (Luchini) avec les légendaires doubles D : Catherine Deneuve et Gérard Depardieu. L’anticipation est grande! Je suis heureuse et fière comme un pan, mais habillée en noir. Non, pas de funérailles, mais j’aime bien me fondre dans le décor.

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/potiche

Ah! Quelle chance, Ozon a fait une comédie absolument jouissive! Un excellent film de matinée! Des répliques assassinent, des rebondissements alléchants. Du bonbon! Voyez un extrait!

http://www.youtube.com/watch?v=N6qoLtM0nUM

Depardieu et Deneuve prennent le premier métro ensemble depuis celui de Truffaut, qu’il fait bon de les revoir ensemble!

Hier, c’était l’ouverture officielle du nouveau quartier général du TIFF : le Bell Lightbox. Une beauté! Un « bloc party » a été préparé pour l’événement. Le premier film a y être officiellement projeté est Trigger du Canadien Bruce McDonald (The Tracey Fragments). Le film met en vedette Molly Parker et Tracy Wright (qui est décédé dernièrement d’un cancer et qui était l’amoureuse du réalisateur, acteur et producteur Don McKellar (Last Night). Ne pouvant assister à la projection d’ouverture, car d’autres films m’attendaient, je me devais de le voir. Magnifique! L’amitié féminine entre deux amies qui ont eu du succès avec leur groupe de rock et qui se revoient des années plus tard après une chicane. Les actrices sont superbes, le scénario aussi.

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/trigger

Fait à noter, un film de Bruce McDonald avait été refusé dans les premières années du festival. Le réalisateur avait fait une projection extérieure afin de le montrer aux passants gratuitement. Plusieurs années plus tard, son film ouvre le Bell Lightbox, c’est de toute beauté! Même histoire du côté d’Atom Egoyan, maintenant un chouchou du festival. Cette année, il ne présente pas de film, mais une projection-exposition spéciale. La preuve qu’il ne faut pas lâcher!

Pause hilarité

OK, ça fait quelques fois que je me pose la question et l’annonce passe trop vite à chaque fois. Mais là je l’ai vu! Oh oui, je l’ai vu et j’en reviens pas!! Chaque année, on remercie les bénévoles qui travaillent pour le TIFF. Les années auparavant c’était Universal Pictures qui le faisait, cette année, c’est Cineplex. Très honorable de continuer la tradition. C’est important, les bénévoles travaillent fort et nous accueillent tous avec un sourire du matin au soir. L’annonce est simple : Sans projecteur, pas de projection. Sans réalisateur, pas de film. Sans bénévole, pas de festival. Et là, plein de prénoms s’affichent, des prénoms diversifiés, aussi diversifiés que la représentation des différentes ethnies du monde dans les grandes métropoles. C’est super, sauf lorsqu’un prénom est synonyme d’une maladie, d’une maladie grave, d’une maladie mortelle. Pas en anglais, bien sûr. En anglais, ça fait presque beau et poétique, dans d’autres langues aussi j’imagine puisqu’il n’a pas été refusé comme prénom d’humain. La signification se fait plus claire lorsqu’on connaît la « seconde » langue « officielle » du Canada. Lorsqu’on voit ce mot partout inscrit sur des pancartes de prévention. Ce prénom est sûrement joli dans un autre pays, mais ici il désigne (ou devrait désigner) le pire, la peur, la mort. Sida. Oui, j’ai appris que Sida pouvait être un prénom. Et ben, j’en reviens pas! Moi qui applaudissais à chaque fois que je voyais cette annonce avec toute la fierté possible, disons que j’ai arrêté, par respect. J’ai des amis qui en sont atteints et j’en ai perdu en cour de route aussi. Je ne vais quand même pas applaudir Sida pour son beau travail! Elle me fait chier Sida, je l’emmerde Sida! Qu’elle aille se faire foutre par elle-même et qu’elle crève Sida! Sida la maladie, pas la personne bien sûr. L’insulte n’est pas qu’une personne se prénomme comme telle si elle n’est pas au courant de la signification en français. L’insulte est que dans un pays où l’on a supposément deux langues officielles (on en revient toujours au même maudit débat!), personne n’a vu que le mot Sida était à l’écran. Personne dans les créateurs de l’annonce, personne dans ceux qui ont approuvé, qui ont vu, qui ont cherché les prénoms. PERSONNE. Du moins si quelqu’un l’a vu, personne n’a rien changé. Pour ma part, j’aime mieux en rire… et faire un rapport dans LA langue officielle du grand pays d’un océan à l’autre en espérant que l’an prochain le tout soit réglé. Mais il est déjà trop tard, c’est toujours comme ça. L’erreur est humaine, comme celle du SIDA.

Jeux d’enfants, jeux d’adultes

Ceux qui me connaissent bien savent à quel point j’aime le cinéma scandinave. C’est le Danemark qui a ouvert la route de cette fascination dans les années 1990 avec le fameux Lars von Trier. Depuis je le cherche dans tous les festivals. Cette lumière nordique, cet humour, cette énergie, cette sensibilité. J’aime le cinéma scandinave, il me fascine. Alors quand je vois des noms comme Susanne Bier (After The Wedding, Brothers, Open Hearts) présenter leur nouvelle œuvre coscénarisée par Anders Thomas Jensen, l’un des scénaristes danois les plus en vogue, je saute sur l’occasion. Ça vaut la peine. In A Better World est l’un de mes coups de cœur jusqu’ici. Un film sensible sur la responsabilité masculine; celles entre autres du bien et du mal, du pouvoir et de la survivance au niveau des fils comme de leurs pères. Un film très fort, une œuvre majeure.

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/inabetterworld#filmnote

Ménage à trois

Ouf, j’ai couru et je suis arrivée trop tard. Le film de Tom Tykwer (Cours Lola, Cours) était complet, j’ai donc fait la « rushline » avec d’autres gens de la presse. Et puis peu à peu, des personnes sont sorties, alors peu à peu, la file a diminué et j’ai pu entrer. 15 minutes en retard. Je ne savais absolument pas ce que je m’en allais voir, mais j’ai Tykwer alors je me suis laissée porter et le fun à commencer.

Je suis un homme, vous êtes une femme. Nous sommes ensemble depuis 20 ans. Nous nous aimons. Malgré cela, vous rencontrer quelqu’un, un homme, il sera votre amant. De mon côté, l’effet de la coïncidence m’amène moi aussi à rencontrer quelqu’un, un homme, il sera mon amant. On continue à s’aimer. Je vous demande en mariage, vous acceptez. Nous sommes heureux ensemble et avec notre amant. Il n’y a pas deux amants, il n’y en a qu’un. C’est la même personne, le même homme, pour vous comme pour moi. Comment réagiriez-vous si vous l’appreniez?

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/three

Quelques fois un peu absurde (quelques hommages à Wenders), Tykwer nous amène dans des questionnements intéressants au niveau des sexes et des relations. Un film qui mérite discussion.

Un peu de repos s’impose.

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12 septembre jour 4 : Mort d’un soldat et mauvaise haleine.

17 septembre 2010 at 06:56 (TIFF 10)

Adieu M. Chabrol!

Ouain, la journée commence avec une annonce qui met triste. Alain Corneau et puis maintenant Chabrol. Tout le monde s’attend à un troisième, mais personne ne le veut. Participant de la nouvelle vague française, Claude Chabrol était un ami d’enfance de François Truffaut, ensemble ils auront fait les quatre cents coups en faisant les fous. J’imagine qu’ils continueront sur leur nuage. Merci pour le chocolat cinématographique et la campagne! Bonne nuit!

James Gray parle de Claude Chabrol

http://videos.arte.tv/fr/videos/chabrol_par_james_gray-3254264.html

Miral : la fleur qui résiste, persiste et signe.

Premier film de la journée : Miral de Julian Schnabel. Admirable hommage aux Palestiniennes et dédié aux gens des deux côtés (Israël et Palestine) qui désirent la paix. Superbe Julian, superbe!

Si Cannes n’a pas semblé donner une cuvée extraordinaire (du moins en compétition et d’après la critique internationale), le TIFF offre quant à lui des œuvres absolument délicieuses.

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/miral

Hommage à la magie qui s’effrite.

Jacques Tati nous a donné des œuvres cinématographiques marquantes : Mon oncle, Jour de fête, Les vacances de M. Hulot. Né Tatischeff, en 1907, il a marié l’hiver en 1944 et est mort  lors de mon quatrième anniversaire en 1982. Il l’a mentionné souvent, il n’a pas été un père présent. Il travaillait dur et ça prenait tout son temps. Il est mort ruiné. Sylvain Chomet, créateur des fameuses Triplettes de Belleville, a décidé de reprendre un scénario que Tati n’a jamais pu terminer et qu’il avait dédié à sa fille Sophie, décédé en 2001. L’illusionniste met en scène Tati, qu’on le connaisse ou non, l’importance est qu’on le redécouvre ou le découvre dès les premières images du film comprenant une panoplie de petits détails. Un magnifique hommage.

C’est dur de sortir d’une projection qui vous a transporté et ému. C’est difficile de retourner à la vie, de sortir vers la lumière. Mais on le fait, toujours, non pas nécessairement par choix (même s’il est plutôt difficile de faire autrement), mais par conviction. Par conviction que d’autres œuvres nous attendent au tournant, durant un moment de désespoir, de joie ou de neutralité. Que le meilleur reste à venir. C’est beau espérer. L’espoir fait vivre, comme dirait l’autre.

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/illusionist

On continue…

De « Tabloïd », le nouveau documentaire d’Errol Morris (lui il les a les sujets incroyables!), je suis allée voir le dernier Stephen Frears (High Fidelity) : Tamara Drewe. Une comédie britannique charmante, mais mes yeux ni arrivaient plus et je m’en suis voulu d’avoir raté le nouveau film de Clint Eastwood « Hereafter », qui bizarrement n’était présenté qu’une seule fois en projection publique. Pas de projection de presse, excusez-moi, pardon. J’ai tout de même apprécié le court hommage verbal de Frears suite au décès du cinéaste Claude Chabrol, qu’il avait d’ailleurs croisé il y a de cela quelques semaines. Ce qu’il est cabotin ce sympathique réalisateur!

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/tamaradrewe

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/hereafter

Intermède

Je ne sais pas c’est quoi le problème, mais la mauvaise haleine se repend autour de moi. Quel signe y aurait-il à comprendre? Faites-moi un dessin, je ne comprends pas. Non, mais vraiment là, on respire par le nez. Non, pas dans le sens de se calmer, dans le sens d’arrêter de faire sentir l’haleine fétide à tous et chacune. Bon, c’est pas de leur faute, mais c’est pas sympathique! Avec une odeur pareille, j’imagine pas l’odeur de leur trou d’évacuation. Quand tu dois te recouvrir la tête d’un foulard qui reste collé avec l’aide de tes deux mains, c’est pas qu’il fait froid, c’est qu’il y a un problème important au niveau de l’odeur l’air ambiant respiré.

Dormir, s.v.p. d-o-r-m-i-r! Mais avant, oui il y a toujours un avant… Un peu de The Black Keys… Everlasting Light.

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11 septembre 2010, jour 3 : Un cœur qui bat… heureux.

14 septembre 2010 at 21:11 (TIFF 10)

Bon, passons à la folie.

Quel 11  septembre j’ai vécu! Cette date reste depuis 9 ans maintenant, une date historique. On se souvient tous où l’on était ce matin en 2001. Pour ma part, vous l’aurez deviné, j’étais à Toronto. Calme et sereine, réveil chez une amie qui était postée dans la ville reine, car elle travaillait comme hôtesse de l’air. Elle n’est pas partie ce matin-là. C’est sa mère qui nous a appelés en panique. On a ouvert la télé, on est restée bouché bée, on n’en revenait pas, comme toute la planète d’ailleurs. Cette journée-là, le festival a été arrêté et la ville a paniqué. État de choc complet. Neuf ans plus tard, les gens sont toujours aussi fous, même plus, et moi je suis toujours au TIFF avec la même passion, sinon plus.

Premier café du festival. Non pas qu’il s’imposait, mais j’ai préféré prévenir que guérir. Il fait beau et un peu frisquet. Température parfaite, pelures d’oignon obligatoires. Je me suis levée de très bonne heure : 6h00, afin de me rendre à la billetterie pour tenter de me procurer un billet pour « In conversation… Philip Seymour Hoffman ». La billetterie ouvrait à 7h00. Dans ma brume matinale de festivalière où le temps devient vague, j’ai oublié qu’on était samedi. Beaucoup de personnes sont en congé les samedis. Dans ma naïveté d’enfant, j’ai pensé qu’il n’y aurait personne. ERREUR! Près d’un kilomètre de gens commençait à entrer dans la billetterie. Conne! Je suis retournée à l’hôtel en me disant : « Mais pourquoi tu n’as pas vérifié sur Internet et par téléphone au lieu de marcher comme une imbécile un samedi matin, alors que tu aurais pu dormir plus longtemps!! » Mon positivisme étant des plus souverains dans mon corps et mon esprit, je me suis dit que rien n’arrivait pour rien. Que cette marche matinale était l’occasion de bien réchauffer mon corps, chose que je fais rarement ces temps-ci. Trois tonnes de sueurs évaporées et de nombreux battements de coeur plus tard, j’étais de retour à ma chambre, rivée à mon ordinateur afin de savoir si j’avais une chance de me procurer un billet par Internet. Non. Définitivement négatif. Par téléphone alors. Niet! C’était occupé tout le temps. Pas moyen d’avoir la ligne. Mon cœur continuait d’être heureux, mais mon expression faciale était celle d’un tueur à gages qui a raté sa cible alors qu’il ne lui reste qu’une seule balle. Grrr.

Préparation matinale avant le premier film. Marche prise 2 en route vers le cinéma. Tramway attrapé au vol et à la course. Premier film de la journée : Everything must go, réalisé et scénarisé par Dan Rush (premier film) avec Will Ferrell, d’après une nouvelle de Raymond Carver.

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/everythingmustgo

Excellent film de début de journée. Bonnes répliques. Bonne interprétation de Ferrell qui joue très simplement, mais offre une bonne présence. J’espère que mon ami Alex pourra le voir, lui qui aime beaucoup l’œuvre de Carver. Il a quelques livres sur lui d’ailleurs et il semblerait que ce soit ma faute… Quand on me demande un service, je peux devenir excessive.

Une pause. Chose qui sera rare, alors profitons-en. Je m’en vais, accompagner de mon ami Dominic, à la foire végétarienne de Toronto. Une petite marche nous permet de raconter les films vus. Ça fait 10 ans que je dis à Dominic de venir au festival, c’est cette année qu’il a pris le taureau par les cornes. Il s’en donne à cœur joie.

Une bouteille de produit pour régler l’intestin de façon régulière, donnée gratuitement et c’est reparti pour un autre film.

Another Year de Mike Leigh. Mike Leigh, c’est le plus beau visage de grand-père qui existe chez les réalisateurs. Si j’avais à choisir un grand-père britannique ou un grand-père point, je choisirais sans hésitations Mike Leigh et je ne cesserai de lui pincer les joues et de le convaincre de revêtir le costume du Père Noël durant le temps des fêtes. Vraiment, cet homme à une bouille adorable! Pour ce qui est de son film, il est tout aussi adorable. Jamais un titre de film n’a résumé le sujet avec autant de justice. Une autre année. Les saisons passent, les gens se découvrent, s’ouvrent, se referment. Les acteurs sont adorables. Un excellent film de dimanche d’automne où il pleut dehors, où le froid nous permet de revêtir une tite laine. Un film pour rire et prendre le temps, un bon thé au creux des mains.

Roger, oh Roger!

Roger Ebert est sans aucun doute l’un des critiques de cinéma les plus connus dans le monde. En partenariat avec son fidèle ami Gene Siskel, ils ont fait partie d’une émission de télévision ensemble et ont inventé le fameux « Thumb(s) up! ». Une critique favorable de Ebert, c’est pour beaucoup de réalisateur et production, un privilège. Certains ont voulu l’acheter, il a toujours résisté. Gagnant du deuxième « French d’Or 2010 », j’ai eu la chance de l’avoir devant moi lors d’une « bataille » Twitter qu’avait organisée le TIFF. Maître Twitter, Ebert en met plein la vue. Après l’événement, un attroupement d’admirateurs, dont j’ai fait partie, a été à sa rencontre, question de le voir de plus près et de le toucher. Je me suis fait bousculer. J’ai fait ma place… J’ai dit bonjour à sa charmante compagne Chaz et j’ai enfin touché l’homme. Une main douce est entrée dans la mienne. Un visage rayonnant m’a regardé, moi qui étais au bout de mon émotion de joie. J’ai balbutié mon nom, je lui ai demandé de peine et de misère une photo, il a été des plus invitants. Il ne parle plus que par ordinateur, ne boit plus ni ne mange plus que par un tube, dû à un cancer, il s’est fait retirer ses cordes vocales et une partie du bas de sa mâchoire, mais le sourire reste. La photo est bonne. J’ai mis mon pouce en l’air avec avidité, il a ouvert ses bras en signe de réjouissance. Les larmes me sont montées, c’est la joie extrême d’avoir fait une folie.

Philip Oh Philip!

J’admire depuis longtemps l’acteur Philip Seymour Hoffman. Cette année, il offre une conversation. Je n’ai pas de billet. Je veux y aller. Je vais y aller. Je marche vers la « rushline » du Jackman Hall. J’arrive. Je suis vingtième. Je doute alors je lis. Le nouveau Suzanne Myre. Elle me fait rire. Ça passe bien le temps. Près de deux heures d’attente. Le suspense a été intense. Finalement, j’y suis arrivée. J’avais demandé l’aide d’un relationniste qui ne m’avait rien garantie, j’avais senti dans son regard que c’était peine perdue. Ne jamais croire un relationniste. Si vous n’êtes pas un ami de ou faisant partie de la haute sphère médiatique ou que vous n’avez pas une maîtrise en chialage, l’aide sera pauvre.

C’est un des coanimateurs de Canada AM sur la chaîne CTV, Seamus O’Regan, qui animait la conversation. Poche, très poche. La vedette c’est pas toi ti-loup, c’est Philip ! C’était soit la nervosité ou (comme l’a mentionné ma voisine outrée) soit l’alcool ou la drogue. Vraiment, ses questions et ses commentaires étaient ridicules. Dès la première question qui portait sur l’Oscar pour le rôle de Truman Capote, il n’a cessé de me taper sur les nerfs. Il n’a également pas cessé de revenir sur le fait que Hoffman avait un Oscar, alors que l’acteur tentait de changer de sujet parce que comme il l’a si judicieusement mentionné, il faut en revenir, il ne faut pas rester accrocher à ce genre de chose sinon on passe à côté du travail à faire. Il est intelligent et drôle ce Philip Seymour Hoffman. Il a conquis le public. Après une heure, la fin s’est pointée. On est sortis tous comblés par la rencontre. Je suis restée plantée à la sortie comme une groupie, attendant que l’acteur sorte à son tour. J’avais du papier, j’avais un crayon. Ils sont restés au chaud dans mon sac. Je voulais juste le voir. Il a signé tout ce qu’il y avait à signer. Il m’a regardée cherchant mon papier et mon crayon, j’ai souri, il m’a souri à son tour. C’est tout ce que je demandais, un sourire. Un sourire pour moi. Une belle et simple conclusion qui n’en demande pas plus. Il mérite tout le succès qu’il a et le paradis à la fin de ses jours.

Je suis retournée à ma chambre conquise et remplie d’un bonheur simple, mais intense. La grandeur n’a pas d’importance, c’est l’intensité qui compte.

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10 septembre, jour 2: le vrai monde.

11 septembre 2010 at 23:10 (TIFF 10)

Ouf, levé plus difficile aujourd’hui.

Erotic Man de Jorgen Leth.  Producteur créatif : Lars von Trier (Ben ‘gard donc!) Pays : Danemark

Si vous avez vu le film de Lars von Trier : The Five Obstructions, vous avez déjà vu Jorgen Leth. Réalisateur très connu au Danemark, il propose ici (désolée d’être aussi primaire, mais ce film m’a mise en maudit!) un film sur un vieux pervers qui aime jouir du corps de la jeune fille en fleur et qui désire la monter pour mieux la manipuler et la faire sienne. Je dois mentionner que, contrairement à plusieurs membres de la presse, j’ai enduré le film pendant plus d’une heure. C’est un film de 90 minutes. Je suis partie après la scène porno. Pas érotique M. Leth… Porno voyeur, pas érotique. Voilà. Je n’en écrirai pas plus, je suis trop en colère.

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/eroticman

Jack Goes Boating de Philip Seymour Hoffman,  Pays : E.-U.

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/jackgoesboating

http://www.labtheater.org/

Je suis une très grande fan de Philip Seymour Hoffman. Je trouve que c’est un des acteurs les plus intelligents de sa génération et le fait qu’il ait commencé par le théâtre et que cette passion soit toujours vivante, me réjouis. Le film est adapté d’une pièce de théâtre que j’avais vu il y a quelques années, moi qui suis admiratrice à fond la caisse de la troupe new-yorkaise : The Labyrinth Theater Company dont Hoffman fait partie. Une adaptation, c’est toujours délicat. Cette fois, j’ai été charmée.

Ça m’a toujours fait rire de voir mes amis en couple pousser leurs ami(e)s célibataires à rencontrer, alors qu’être en couple s’est loin de toujours être rose. Comme si être malheureux en couple, c’était toujours mieux que d’être seul et heureux. Je n’ai jamais compris. Confrontation d’un couple blessé qui joue à cupidon avec deux êtres apeurés et blessés par l’amour.

Interprété par la sensibilité qu’on lui connaît, Hoffman nous offre de belles trouvailles dans cette première réalisation cinématographique. Ils aiment les acteurs, ils les montrent à leurs meilleurs. Amy Ryan (Gone Baby Gone), John Ortiz (membre fondateur du LAB. qui avait joué dans Two Lovers de James Gray, mais celui-ci à décider d’éliminer le personnage du meilleur ami de Leonard (Joaquin Phoenix) car il voulait rendre le Leonard plus solitaire. Le pas fin!) et Daphne Rubin-Vega. Un « cameo » de Stephen Adly Guirgis, un écrivain de théâtre de la troupe, m’a fait chaud au cœur, je l’adore! Un film qui replace l’amour dans la bonne voie. Vive NY.

« Everything is ruined. Everything is fucked up. But we can get by this. »

« I know you’d be good. » « I am for you. »

Que dire de plus?

Curling de Denis Côté,   Pays : Québec

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/curling

Gagnant du Léopard d’or et du prix d’interprétation masculine au dernier festival de Locarno, le dernier film de Denis Côté est. Oui, il est. Il regarde la solitude, il vit de peur, il piste une sortie de secours, il est et il prend le temps de l’être.

How To Start Your Own Country de Jody Shapiro,  Pays : Québec/Canada

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/howtostartyourowncou

Les micros nations sont plus répandus que l’on peut le penser. Voyage dans la pensée des gens qui en ont créé. Qu’est-ce que ça prend pour être reconnu comme pays? Peut-on décider de créer un pays avec une poignée d’humains pour des raisons anecdotiques? Une odyssée du côté du fascinant comme du ridicule.

Biutiful de Alejandro Gonzalez Inarritu, Pays : Espagne, Mexique

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/biutiful

http://www.biutifulofficiel.com/

Un des films les plus attendus à Cannes cette année. Le réalisateur de Babel reste dans les thèmes qui lui sont chers : la communication, la rédemption, la mort. Javier Bardem y est à couper le souffle. Un peu long parfois. Une finale émouvante et belle. Un film dure et tendre à la fois. L’humanité du vrai monde.

Finir avec la vue des charmes de Javier Bardem, c’est finir en beauté un journée!

Ma journée se résumerait donc comme suit :

Le vrai monde est pervers.

Le vrai monde aime.

Le vrai monde a peur et s’isole.

Le vrai monde est curieux et fascinant.

Le vrai monde meurt.

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9 septembre 2010, jour 1: Un bon départ.

11 septembre 2010 at 22:14 (TIFF 10)

C’est parti!! Après un souper fantastique au restaurant Fressen ainsi qu’un sommeil réparateur, je suis prête! Enfin, à moi le monde, ma passe en main, les yeux fin prêts à affronter autant l’obscurité que la lumière. Voici les films vus, accompagnés de leur lien sur le site du festival international des films de Toronto (TIFF)(En anglais seulement. Pour des raisons inexplicables, je me tairai sur le sujet).

Premier film : The Light Thief de Aktan Arym Kubat. Pays : Kyrgyzstan

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/lightthief

Un film d’une grande humanité qui débute mon parcours du TIFF avec une ouverture sur un monde qui m’est inconnu.

The Town de Ben Affleck. Pays : E.-U.

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/town

L’an passé, le film américain a débuté au TIFF et ayant mis le paquet en publicité était The Informant de Steven Soderbergh mettant en vedette Matt Damon. Cette année, on y va de la deuxième réalisation du meilleur copain de l’autre : Ben Affleck. J’y ai été un peu à reculons. Pourquoi ? Parce que tant qu’à être dans un festival, vaut mieux choisir des films qui n’auront pas la chance d’être vus ailleurs. Vaut mieux encourager le petit que le gros qui a déjà son distributeur et sa position au Box Office. Mais la construction des horaires étant complexe, j’ai choisi ce film. J’avais bien aimé Gone Baby Gone, le premier film d’Affleck à la réalisation. J’ai été surprise d’être fascinée par sa nouvelle création : The Town. Un très bel hommage aux gens de la ville de Charlestown, ville voisine de Boston. Affleck est d’ailleurs originaire de Boston. Comme dans Gone Baby Gone, Affleck évoque le respect envers les gens qui n’ont pas eu la même chance que lui. Ceux des milieux difficiles qui tentent de s’en sortir du mieux qu’ils le peuvent. Une scène de poursuite policière est incroyablement bien faite. Dylan Tichenor, le monteur le plus incroyable des dernières années (les films de Paul Thomas Anderson, Brokeback Mountain, The Royal Tenenbaums, Doubt, Whip It, etc.), met encore son talent au premier plan. Un très bon suspens. Il sortira le 17 septembre prochain.

I’m Still Here de Casey Affleck Pays : E.-U.

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/imstillhere

Film très attendu, le documentaire relatant la transformation de l’acteur Joaquin Phoenix (Walk The Line) en « supposé » musicien Hip Hop. Énormément de spéculations à propos de ce film. Plusieurs ont prétendu que le tout était un coup monté. L’apparition de Phoenix à l’émission de David Letterman a fait beaucoup couler d’encre. Drogue ? Alcool ? Dépression ? Oui, tout a été supposé lorsque le charmant adonis aux airs de rebelle s’est coiffé subitement de cheveux pêle-mêle, de chandails troués, de paroles inaudibles et d’une bonne bedaine anti-Hollywood. Le documentaire répond vaguement à la question du pourquoi, à part pour indiquer, de la bouche même de l’homme, qu’il n’en peut plus d’être quelqu’un qu’il n’est pas. Alors oui aux drogues, oui à l’alcool, oui au sexe, oui, oui, oui, mais le tout a un prix. Le prix de la pente descendante. Le prix de l’enfer et du rejet. En regardant ce documentaire, qui comporte quelques longueurs, je me suis dit : « J’ai hâte de voir le générique ! » Un générique, ça peut mentir, mais ça peut également sortir quelques pistes. La seule piste trouvée est que le père de Phoenix est interprété par un certain Tim Affleck. J’opte pour la théorie du docu-fiction et je vous laisse voir de votre côté ce que vous en penserez. Crise de vedette et/ou écoeurantite d’humain ? La vérité est souvent plus grise que blanche. Ce que j’espère, c’est que si le tout est véridique, Affleck a décidé de mettre en images son meilleur ami et beau-frère pour lui montrer à quel point ce qu’il fait n’a aucun bon sens et qu’il doit arrêter avant de finir comme son frère River : mort. Si c’est faux, Phoenix devrait avoir un Oscar pour son interprétation, parce que c’est pas tous les jours qu’un acteur accepte de se faire déféquer dessus.

Film Socialisme de Jean-Luc Godard    Pays : France

http://tiff.net/filmsandschedules/tiff/2010/filmsocialism

http://www.filmsocialisme.com/

La dernière fois qu’un film de Godard était au TIFF, c’était en 2001 avec L’éloge de l’amour. Le film devait être diffusé en première (bien qu’il ait été présenté au FFM avant) le 11 septembre 2001. Sans blague. Pour ceux qui connaissent le film, disons que la coïncidence sur certains propos du film face à nos voisins du sud est assez épatante. « Vous n’avez pas de nom de pays. Le Canada se sont des états unis, le Brésil la même chose. Pourquoi n’avez-vous pas de nom de pays ? Même chose pour votre citoyenneté. Les Mexicains sont aussi américains !»

Le nouveau Godard, Film socialisme a été le premier film public à être présenté au TIFF cette année. Pas le film d’ouverture, le premier film. Bien sûr, le célèbre réalisateur n’y était pas, il n’était pas à Cannes non plus en mai dernier. Le film a été présenté par une des membres de l’organisation du TIFF sans mention spéciale. Le film a débuté sans sous-titres et s’est poursuivi de la sorte sans notice. Pourquoi ? Je l’ai su à la sortie, car j’ai demandé. « C’est une décision artistique du réalisateur. » Et bien ! Bonne idée, cher M. Cinéma ! Ça m’a fait réaliser que peu de gens sont capables de se lever, peu de gens d’ici du moins, sont capables de faire une scène. Quelques personnes se sont levées et ont quitté les lieux presque dans un calme serein. Quelques personnes ont dit, plus ou moins fort : « Subtitles !! » Sans que ça n’éclabousse personne brutalement. Quelques. Une minorité. Bizarre, car je doute que les trois quarts de la salle fussent francophones ou francophiles.  Pour ce qui est du film, il faut le voir pour le croire, mais c’est mieux de faire un peu de recherche avant pour mieux comprendre. Salut Godard !

Dernier film de la première journée. Le sommeil ne m’a pas cherchée longtemps. Demain me réserve encore tant d’images !

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Excitée comme une puce.

9 septembre 2010 at 04:30 (TIFF 10)

Mercredi matin, donc hier, je me suis réveillée à 5h40 du matin, prête, sans besoin d’aide caféinée  et de bonne humeur. Dernières préparations, petit déjeuner, douche et départ. La nervosité des neuf dernières années ne s’est bizarrement pas pointée. Par contre, un léger mal de tête, que j’avais tenté d’endormir à l’aide d’Advil à mon coucher, était encore présent, tel un amant qui a décidé de rester jusqu’au matin, au grand dam de la propriétaire des lieux. Vite, vite, il faut faire vite! Cette fois, pas d’araignée en vue non plus, comme à l’habitude. Oui, une araignée à chaque matin de départ que je tentais de noyer au lieu d’écraser. Une question de chance dit-on.  Maudites superstitions! Au lieu de l’animal, un arc-en-ciel aperçu alors que j’attendais le taxi. Magnifique! J’en suis restée béate, la mâchoire décrochée. J’ai la chance au cul, l’avion de crashera pas c’est sûr! Direction gare centrale d’autobus, ensuite l’aéroport pour le festival international des films de Toronto.

Peur contrôlée

J’ai peur de l’avion. Vraiment peur. Je déteste, j’en fais des crises de panique, mais je me contrôle. Un peu. Cette fois, presque rien. Super détendu, même un peu trop. J’ai pas l’habitude d’être aussi relaxe sauf avec cinq calmants dans le corps et ça ne m’arrive jamais, mais j’imagine que ça serait la dose parfaite pour mes nerfs. Peut-être trop fatiguée pour paniquer là-dessus et pourtant je me sens fraîche comme une rose. L’entrée dans la fameuse navette 747 menant à l’aéroport m’a laissée perplexe lorsque j’ai aperçu le sosie de mon amie Brigitte. J’ai réellement cru que c’était elle. J’ai pas arrêté de dévisager la personne. Je me suis carrément étouffée avec ma salive lorsque j’ai su que son nom était… Brigitte. Alors là vraiment, quelle coïncidence!  En route vers l’aéroport, on a eu droit à une bataille : nuages noirs et pluie torrentielle versus soleil éblouissant. Dame Nature a voulu rendre hommage au cinéma en recréant la scène de Star WarsDark Vader apprend à Luke qu’il est son père, mais on n’a pas su qui était le père de qui. Ce qu’elle est chiante des fois celle-là et tellement clichée! Je sais maintenant qu’elle aime les fins en queue de poisson. Encore une fois, un arc-en-ciel (la réponse sur le gagnant était peut-être là, qui a perdu sa main?) et tous les passagers ont imité l’air que j’avais eu quelques heures plus tôt. Gang de copieurs! Arrivée à l’aéroport. Enregistrement d’usage et patati et patata. Avez-vous des couteaux sur vous? Êtes-vous une terroriste? Avez-vous de l’eau dans votre gourde? Si oui, jetez-la, car vous devez absolument en acheter au gros prix dans les différents kiosques à grignoter. Vous désirez voyager et bien payez! C’est un ordre. « Non, non, non », ai-je répondu du tac au tac sans me sentir coupable d’être pessimiste. Le vol a été agréable, avec à peine une pointe de panique au décollage et à l’atterrissage. Un vrai miracle! Fait hilarant ma voisine mâchait sa gomme comme une vache, avec de gros bruits de succion. Une fanfare brutale! Elle était au milieu de moi, qui étais collée au hublot (j’ai peur de l’avion, mais je déteste être assise du côté de l’allée) et d’un homme qui avait le siège opposé. Je n’osais rien dire et tentait de concentrer mes oreilles et mon nez (car malgré la menthe son odeur buccale n’était pas très fraiche) sur autre chose comme tenter de trouver du repos. Soudainement, l’homme opposé à moi à indiquer à la dame : « Sorry, but you’re chewing like a cow. Stop it for God sake! » Le visage de la dame! De toute beauté! Elle s’est tournée vers moi, cherchant une alliée pour la défendre, l’air en furie. « Sorry, I wouldn’t say it as harshly as him, but yes you’re chewing really loudly. » C’en était fait, elle a jeté sa gomme et s’est renfermée sur elle-même comme une enfant de 5 ans. Une chanson de Dylan m’est venue en tête : « She looks like a woman… but she cries like a little girl! »… and chew like a biiiiiiig cooooow! Pur délice dans mes oreilles, le sourire était installé pour de bon.

Vie de rêve, première partie

Tout allait de soi hier, tout était  à l’heure. Débarquement de l’avion, déblocage des oreilles, pipi dans la toilette des hommes pour aller plus vite, bagage en excellent état, pas d’oublies, prise de la navette vers le Centre-ville, arrivé à l’hôtel, bonjour à Clara la réceptionniste et course folle vers la tournée médiatique du Bell Lightbox, le nouveau quartier général du festival. Ça fait quatre ans qu’il est en construction, ça fait quatre ans que j’attends son ouverture! Je suis arrivée, j’ai senti la magie m’envahir et la gêne aussi quand j’ai vu Odile Tremblay et Matin Bilodeau du Devoir et aussi programmateur au Tiff ainsi que Marc-André Lussier de La Presse. Je suis restée complètement mortifiée. C’est pas mon genre d’habitude, mais là rien, pas capable. Je me souviens que l’an dernier, j’ai presque sauté sur M. Lussier après une conférence de presse pour avoir ses commentaires sur le festival et il a du me trouver complètement folle, mais sinon pourquoi mon corps à geler de cette façon?! Ça m’a fait de la peine, je crois que j’ai eu peur qu’ils me rejettent. C’est complètement absurde, mais c’est tout ce que je vois comme raison. Bref, la tournée s’est enclenchée. C’EST GÉNIAL!! C’est le paradis du cinéphile, c’est beau, c’est bon, c’est JOUISSIFFFF!! Sans aucune objectivité, mes yeux de belettes en étaient émus aux larmes. Je ne peux pas plus en parler. Embargo sur le sujet signé. Ouverture officielle dimanche le 12 septembre.

Bon, mon insomnie s’en va et le dodo me rappelle enfin. Je continuerai plus tard…

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Ne tenir qu’à un film

5 septembre 2010 at 14:56 (TIFF 10)

Le huit septembre prochain, dès l’arrivée de l’aube, mon réveil sonnera afin d’annoncer mon départ pour une dixième année vers mon pèlerinage annuel: le Festival international des films de Toronto.  10 ans. 10 ans en 11 ans. (Mea culpa 2006, ma situation financière a été plus problématique qu’à l’habitude.)

Aujourd’hui, 3 jours avant mon périple, j’ai besoin de revoir ces moments magiques qui ont traversé ma vie et m’ont indiqué à chaque fois que le cinéma est le médium qui m’a apprivoisée le plus jusqu’ici. J’ai beau être loyale à mes amours, s’il y en a un qui m’a réellement comprise, c’est lui. C’est le cinéma. Il n’a cessé de me captiver, de me prendre à bout de souffle, de sans cesse venir me chercher sans se décourager. Souvent je n’ai tenu qu’à un film, toujours il m’a ramenée à la vie. Toujours au bon endroit, au bon moment, toujours magique, même si mauvais car il sait me faire bouger l’intérieur comme pas un.

Idée folle d’aller à la rencontre de ce festival. Idée folle dans faire ses vacances chaque année. Idée culpabilisante financièrement de dépenser autant pour des souvenirs marqués au fer de l’éphémérité, pour la plupart. Énergie électrisante, besoin d’écrire, de partager mes aventures, joie complète, rire de bien-être. Mais aussi et inévitablement : fatigue complète, épuisement physique et psychologique de voir trop de films et de courir d’une salle à l’autre comme si ma vie en dépendait. Entre les deux, mon énergie vacille et mon cœur bat au numérique autant qu’à la pellicule.

Afin de revoir en un clin d’œil lent, les moments charnières de mes vacances cinéphiliques de ma première année, voici un résumé à pied levé de certains de ces moments passés au TIFF en 2000.

Magie, première prise.

Le 7 septembre 2000, alors que le festival débutait les célébrations de sa vingt-cinquième année, j’emboitais le pas dans la parade. Dès le premier film, le premier choix, le premier pas, la magie a opéré. Le charme a fait du ravage et j’ai été comblée.

Le choix de l’hôtel s’était imposé comme efficace. Petit appartement une pièce avec air climatisé, cuisinière, réfrigérateur, excellente pression d’eau (Ceux qui vivent à Montréal dans de vieux appartements comprennent!) et situé au Centre-ville pas très loin des autobus menant aux cinémas. Quartier tranquille, parc à proximité, cris d’enfant joyeux, réveil au son de cours de Tai-chi à l’extérieur et télévision câblée. De tout pour satisfaire une cinéphile qui sera rarement là, mais qui quand le sera cherchera la sainte paix pour préparer horaire et lunch ainsi que grands choix de canaux télévisuels pour s’informer de tout au maximum et continuer à fatiguer ses yeux. Ah oui, un lit douillet est également disponible. Bref, mon choix s’est imposé comme le meilleur puisque je continue à y aller avec joie et à y faire la rencontre de Clara alias « The Room Nazi » qui accueille les arrivant. Du haut de ses quatre pieds et demi (ou presque), elle a l’air qu’une ex-lieutenant SS avec son visage dur et rigide ainsi que sa parole brusque, mais dans le fond (et ça m’a pris six ans pour le savoir), elle est extrêmement sympathique et bienveillante… sur moi.  Clara c’est une merveille! Au début, j’ai eu vraiment peur qu’elle me refuse une chambre juste parce que je l’avais regardé dans les yeux, maintenant je lui fait presque la bise, mentalement bien sûr, lorsque j’arrive et que je l’entends dire : « Hi friend! ».  J’ai presque le goût de lui apporter un six packs de bière en guise de remerciement, mais j’ai peur qu’il y ait dans son passé quelques traces de débordement d’alcool qui ont mis certains passages de sa vie KO et qu’elle soit encore entrain de se battre contre ses démons. Avec elle, je ne voudrais pas faire de gaffe. D’autant plus qu’elle est déjà au courant de son surnom. Honnêteté d’enfant quand tu nous tiens, tu nous fais honte!

Après l’hôtel, il faut ramasser ses films, sa liste, ses choix et commencé à connaître la ville.  Ensuite, à l’abordage! C’est le temps du premier film. Le premier, il fallait bien qu’il soit québécois. Il fallait bien et ça tombait bien puisque Denys Arcand ouvrait alors le festival avec « Stardom ». Je n’avais pas de billet. C’était complet. Mais ayant une tête de mule assez intense, je voulais que ce soit lui mon premier film, alors j’ai attendu dans la « Rush Line », la ligne où avant de commencer la projection et après avoir compté les sièges libres, ils libèrent des billets. La présentation était à 19h15, je suis arrivée en ligne, plus catholique que le pape, à 16h00. J’étais quatrième. J’avais un bon livre.  C’était au cinéma Uptown, qui est malheureusement remplacé depuis quelques années par des vendeurs de thé aux bulles. Un très beau cinéma, paix à son âme!

Après trois heures d’attente, les vedettes ont commencés à arriver. Denys Arcand me passe sous le nez avec Dan Aykroyd. Je suis sous le charme, je veux entrer. Une dame appartenant à l’équipe de production du film demande aux trois personnes devant moi s’il désire son billet, elle en a un de trop. La première, une vieille dame refuse puisqu’elle a une passe et elle sait qu’il y aura libération de billet. Ensuite les deux autres forment un couple et il n’y a qu’un billet, alors c’est négatif. Viens moi, les yeux ronds comme des trente sous, le cœur qui cri comme un débile, les mains moites, mais confiantes, je hoche la tête de l’avant à l’arrière avec une telle rapidité que mes vertèbres ont peines à assumer les rebonds. Elle me tend le billet et me dit : « Here, take it, it’s yours! ». Et puis voilà, les larmes aux yeux de bonheur, je suis entrée dans le Uptown pour la première fois. Je me suis assise dans le confortable fauteuil entouré de politiciens qui ne parlaient que d’élection à venir et j’ai senti la magie opérée. Elle ne m’a jamais quittée depuis.

À chaque année, je fonce dans une vedette. Ça ne manque pas! La première année, j’ai remporté le gros lot. Je sortais d’une représentation. Je courais pour ne pas manquer mon autobus afin de retourner à l’hôtel. Il était loin, mais s’approchait dangereusement. Afin d’aller plus vite, je suis entrée dans la cour d’un hôtel où les limousines attendaient. Bang! Je fonce dans quelqu’un, il s’excuse, je l’accuse du regard. Mon regard se tend derrière l’homme pour en voir un autre. C’est Robert Altman. Je me garoche sur lui, en lui disant que je suis très pressée, mais que j’aime beaucoup ce qu’il fait, qu’il est extraordinaire… Blablabla. Une vraie puce que du « speed ». Il rit, me remercie. Je continue ma course, mais je l’entends dire à l’autre homme qui m’avait percuté : « C’est bien la première fois qu’une jeune fille m’accoste de cette manière, habituellement c’est toujours à toi que ça arrive. » Je me retourne, je ne comprends pas, je ne vois rien de spécial dans l’homme à l’épaule brutale. Arrivée à la chambre, j’ouvre la télé, je regarde la conférence de presse… C’est celle du film de Robert Altman et je reconnais l’homme… C’est Richard Gere!! Je croule de rire tellement je n’en reviens pas. Le film était Dr. T and the Women, un film moyen, mais une anecdote absolument inoubliable!

Cette première année, j’ai aussi vu  et revu des classiques : Blue Velvet et The Bicyle Thief et d’autres premières comme Possible Worlds de Robert Lepage, Faithless de Liv Ullman et puis le film The King is Alive, le quatrième film du Dogme 95, inédit au Québec et réalisé par un membres fondateurs du Dogme, Kristian Levring. C’est d’ailleurs le dernier film que j’ai vu avant de partir vers mon chez-moi afin de raconter toutes ses histoires durant les dix années qui ont suivis.

Ce mercredi à moi le monde… encore une fois. À moi le cinéma!

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