Ne tenir qu’à un film

5 septembre 2010 at 14:56 (TIFF 10)

Le huit septembre prochain, dès l’arrivée de l’aube, mon réveil sonnera afin d’annoncer mon départ pour une dixième année vers mon pèlerinage annuel: le Festival international des films de Toronto.  10 ans. 10 ans en 11 ans. (Mea culpa 2006, ma situation financière a été plus problématique qu’à l’habitude.)

Aujourd’hui, 3 jours avant mon périple, j’ai besoin de revoir ces moments magiques qui ont traversé ma vie et m’ont indiqué à chaque fois que le cinéma est le médium qui m’a apprivoisée le plus jusqu’ici. J’ai beau être loyale à mes amours, s’il y en a un qui m’a réellement comprise, c’est lui. C’est le cinéma. Il n’a cessé de me captiver, de me prendre à bout de souffle, de sans cesse venir me chercher sans se décourager. Souvent je n’ai tenu qu’à un film, toujours il m’a ramenée à la vie. Toujours au bon endroit, au bon moment, toujours magique, même si mauvais car il sait me faire bouger l’intérieur comme pas un.

Idée folle d’aller à la rencontre de ce festival. Idée folle dans faire ses vacances chaque année. Idée culpabilisante financièrement de dépenser autant pour des souvenirs marqués au fer de l’éphémérité, pour la plupart. Énergie électrisante, besoin d’écrire, de partager mes aventures, joie complète, rire de bien-être. Mais aussi et inévitablement : fatigue complète, épuisement physique et psychologique de voir trop de films et de courir d’une salle à l’autre comme si ma vie en dépendait. Entre les deux, mon énergie vacille et mon cœur bat au numérique autant qu’à la pellicule.

Afin de revoir en un clin d’œil lent, les moments charnières de mes vacances cinéphiliques de ma première année, voici un résumé à pied levé de certains de ces moments passés au TIFF en 2000.

Magie, première prise.

Le 7 septembre 2000, alors que le festival débutait les célébrations de sa vingt-cinquième année, j’emboitais le pas dans la parade. Dès le premier film, le premier choix, le premier pas, la magie a opéré. Le charme a fait du ravage et j’ai été comblée.

Le choix de l’hôtel s’était imposé comme efficace. Petit appartement une pièce avec air climatisé, cuisinière, réfrigérateur, excellente pression d’eau (Ceux qui vivent à Montréal dans de vieux appartements comprennent!) et situé au Centre-ville pas très loin des autobus menant aux cinémas. Quartier tranquille, parc à proximité, cris d’enfant joyeux, réveil au son de cours de Tai-chi à l’extérieur et télévision câblée. De tout pour satisfaire une cinéphile qui sera rarement là, mais qui quand le sera cherchera la sainte paix pour préparer horaire et lunch ainsi que grands choix de canaux télévisuels pour s’informer de tout au maximum et continuer à fatiguer ses yeux. Ah oui, un lit douillet est également disponible. Bref, mon choix s’est imposé comme le meilleur puisque je continue à y aller avec joie et à y faire la rencontre de Clara alias « The Room Nazi » qui accueille les arrivant. Du haut de ses quatre pieds et demi (ou presque), elle a l’air qu’une ex-lieutenant SS avec son visage dur et rigide ainsi que sa parole brusque, mais dans le fond (et ça m’a pris six ans pour le savoir), elle est extrêmement sympathique et bienveillante… sur moi.  Clara c’est une merveille! Au début, j’ai eu vraiment peur qu’elle me refuse une chambre juste parce que je l’avais regardé dans les yeux, maintenant je lui fait presque la bise, mentalement bien sûr, lorsque j’arrive et que je l’entends dire : « Hi friend! ».  J’ai presque le goût de lui apporter un six packs de bière en guise de remerciement, mais j’ai peur qu’il y ait dans son passé quelques traces de débordement d’alcool qui ont mis certains passages de sa vie KO et qu’elle soit encore entrain de se battre contre ses démons. Avec elle, je ne voudrais pas faire de gaffe. D’autant plus qu’elle est déjà au courant de son surnom. Honnêteté d’enfant quand tu nous tiens, tu nous fais honte!

Après l’hôtel, il faut ramasser ses films, sa liste, ses choix et commencé à connaître la ville.  Ensuite, à l’abordage! C’est le temps du premier film. Le premier, il fallait bien qu’il soit québécois. Il fallait bien et ça tombait bien puisque Denys Arcand ouvrait alors le festival avec « Stardom ». Je n’avais pas de billet. C’était complet. Mais ayant une tête de mule assez intense, je voulais que ce soit lui mon premier film, alors j’ai attendu dans la « Rush Line », la ligne où avant de commencer la projection et après avoir compté les sièges libres, ils libèrent des billets. La présentation était à 19h15, je suis arrivée en ligne, plus catholique que le pape, à 16h00. J’étais quatrième. J’avais un bon livre.  C’était au cinéma Uptown, qui est malheureusement remplacé depuis quelques années par des vendeurs de thé aux bulles. Un très beau cinéma, paix à son âme!

Après trois heures d’attente, les vedettes ont commencés à arriver. Denys Arcand me passe sous le nez avec Dan Aykroyd. Je suis sous le charme, je veux entrer. Une dame appartenant à l’équipe de production du film demande aux trois personnes devant moi s’il désire son billet, elle en a un de trop. La première, une vieille dame refuse puisqu’elle a une passe et elle sait qu’il y aura libération de billet. Ensuite les deux autres forment un couple et il n’y a qu’un billet, alors c’est négatif. Viens moi, les yeux ronds comme des trente sous, le cœur qui cri comme un débile, les mains moites, mais confiantes, je hoche la tête de l’avant à l’arrière avec une telle rapidité que mes vertèbres ont peines à assumer les rebonds. Elle me tend le billet et me dit : « Here, take it, it’s yours! ». Et puis voilà, les larmes aux yeux de bonheur, je suis entrée dans le Uptown pour la première fois. Je me suis assise dans le confortable fauteuil entouré de politiciens qui ne parlaient que d’élection à venir et j’ai senti la magie opérée. Elle ne m’a jamais quittée depuis.

À chaque année, je fonce dans une vedette. Ça ne manque pas! La première année, j’ai remporté le gros lot. Je sortais d’une représentation. Je courais pour ne pas manquer mon autobus afin de retourner à l’hôtel. Il était loin, mais s’approchait dangereusement. Afin d’aller plus vite, je suis entrée dans la cour d’un hôtel où les limousines attendaient. Bang! Je fonce dans quelqu’un, il s’excuse, je l’accuse du regard. Mon regard se tend derrière l’homme pour en voir un autre. C’est Robert Altman. Je me garoche sur lui, en lui disant que je suis très pressée, mais que j’aime beaucoup ce qu’il fait, qu’il est extraordinaire… Blablabla. Une vraie puce que du « speed ». Il rit, me remercie. Je continue ma course, mais je l’entends dire à l’autre homme qui m’avait percuté : « C’est bien la première fois qu’une jeune fille m’accoste de cette manière, habituellement c’est toujours à toi que ça arrive. » Je me retourne, je ne comprends pas, je ne vois rien de spécial dans l’homme à l’épaule brutale. Arrivée à la chambre, j’ouvre la télé, je regarde la conférence de presse… C’est celle du film de Robert Altman et je reconnais l’homme… C’est Richard Gere!! Je croule de rire tellement je n’en reviens pas. Le film était Dr. T and the Women, un film moyen, mais une anecdote absolument inoubliable!

Cette première année, j’ai aussi vu  et revu des classiques : Blue Velvet et The Bicyle Thief et d’autres premières comme Possible Worlds de Robert Lepage, Faithless de Liv Ullman et puis le film The King is Alive, le quatrième film du Dogme 95, inédit au Québec et réalisé par un membres fondateurs du Dogme, Kristian Levring. C’est d’ailleurs le dernier film que j’ai vu avant de partir vers mon chez-moi afin de raconter toutes ses histoires durant les dix années qui ont suivis.

Ce mercredi à moi le monde… encore une fois. À moi le cinéma!

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