Cannes Jour 3. Festival jour 1. De Woody à Allen.

12 mai 2011 at 10:56 (Cannes 11)

C’est aujourd’hui que ça se passe! Oh que oui! Today is ZE day! Le Festival de Cannes s’ouvre aujourd’hui, pour la presse dès 11h00, pour l’officialité de la chose dès 19h00, incluant tapis rouge, montée des marches et paparazzis au pied du palais.

J’ai terminé mon dixième Festival Intl des films de Toronto (TIFF) au mois de septembre dernier avec le film You Will Meet a Tall Dark Stranger du plus névrosé des réalisateurs étasuniens, Woody Allen. Je commence Cannes, huit mois plus tard, avec un nouveau film du même réalisateur, Midnight in Paris. Je ne sais pas si c’est parce qu’il m’en veut de ne pas avoir trop apprécié ses récentes œuvres ou s’il a peur de mourir bientôt et veut en mettre plein la vue, mais il cartonne le mec !  J’aime bien Woody Allen, en fait non, j’aime bien les films de Woody Allen, pour ce qui est de sa vie privée, elle me donne encore un peu la chair de poule, mais bon, c’est pas de mes affaires. Je suis par contre encore accrochée à ses plus vieux succès comme Annie Hall, Zelig, Bananas, Manhattan et j’en passe. Ses plus récentes œuvres n’ont pas, sauf peut-être Vicky Christina Barcelona, eu trop de charme sur moi. Il est devenu selon moi, et je sais que ses inconditionnels risquent de me ramasser s’ils ne s’assument pas, sur le neutre au niveau des thèmes et du traitement. Woody à son charme, certes, mais son cinéma est devenu une routine comme des pantoufles qu’on porte depuis longtemps. Quand on va voir du Woody Allen, on sait à quoi s’attendre, il reste dans ses pantoufles : confortable, sympathique, rigolo, il nous fait son charme. Je ne m’attendais donc pas à être éblouît pour le premier film vu sur la croisette.

Je me suis retrouvée dans la section Badge presse rose entouré de journalistes de partout à travers le monde. Le finlandais du coin me faisait de l’effet, les Luxembourgeois étaient très rigolos. La couleur des badges classe les gens en priorité ou en sous-merde, c’est selon la couleur. Les blanches sont vénérées, les rose avec pastille aussi, la mienne (rose sans pastille) indique que je suis journaliste qui doit publier souvent, car en lien avec la radio. Si j’avais écrit pour un mensuel, j’aurais peut-être eu la bleue et ça aurait été terrible, puisque ce sont supposément les derniers à entrer. Nous, on entre après les badges blancs et rose pastille. Mon badge a été touché pour être sûr qu’il n’était pas faux, ensuite les détecteurs de métal corporel et finalement la vérification des sacs. La montée des marches, vers la salle Debussy, où l’on frôle des pieds le tapis rouge (pas l’officiel, mais tout comme !) c’est un moment magique. Je n’ai pu m’empêcher de me retourner en haut des marches, mais je me suis retenue d’envoyer la main… quand même ! L’entrée dans la salle, des gardiens partout habillés dans leur costume beige très sombre, mais classe. Je me suis assise dans la section de gauche. Bancs rouges confortables, écran immense, ambiance fébrile. Trop fatiguée pour être énervée comme une puce, je suis restée ébahie et profitant du moment présent avec fierté.

On annonce le début du film en indiquant les messages habituels : « FERMER VOS MAUDITS CELLULAIRES !! » Bien sûr, le tout est fait avec classe et de façon polie. La musique officielle du festival se fait entendre. À l’écran, des marches défilent annonçant les marques de noblesse du festival. Le film commence, la salle est remplie à craquer. Je suis avec des journalistes du monde entier !

Woodywooo !

Fantastique ! Oui, j’ai complètement craqué pour le film Midnight in Paris. Un délire cinématographique complet. L’humour charmant est là et on voyage dans le Paris des années 2010, 1920 et 1890. On rencontre Hemmingway, Lautrec, Degas, Cole Porter, Zelda et Scott Fitzgerald, Bunuel, Man Ray, Dali (sublime Adrien Brody). Au début, j’avoue que le jeu de Rachel McAdams et Owen Wilson détonnait, mais le tout s’est bien enchaîné. Une lettre d’amour à Paris et aux grands artistes signé Woody Allen, avec beaucoup de charme. Les applaudissements ont suivi la fin de la projection. Sortie bientôt, un conseil… COUREZ le voir ! Sortie prévue le 3 juin au Québec.

Jeanne

Il y a de ces gens qui nous marquent. Ayant fait mon cégep en Lettres profil art dramatique et ayant choisi de ne pas entrer en concentration théâtre, mais de continuer en littérature et cinéma, j’ai balayé d’un coup les encouragements que des professeurs me donnaient au niveau théâtre. Ce n’est rien de bien extraordinaire, j’ai suivi un autre chemin, c’est tout.  Mais je le prends toujours comme un privilège de me faire encourager de la sorte.

Plus de 13 ans (déjà !) après avoir fini mes classes collégiales, je recroise Jeanne Ostiguy, professeur, mentor pour certains, actrice, productrice et aventurière. Professeure jadis à mon cégep, elle a été l’une des personnes à me faire les plus beaux compliments sur mon jeu, alors que je n’ai jamais eu la chance d’être son élève. Alors qu’elle présente un court métrage réalisé par Humberto Mendez, en tant que qu’interprète et productrice, dans le cadre du Short Film Corner.  Énergique femme, je l’ai interpellé. La surprise était aussi grande de part et d’autre. On s’échange nos contacts, on se retrouvera bien.

2 conférences et demie avec les plus grands

 

Après une courte ballade dans un trafic humain, je suis arrivée pour voir la fin de la conférence de M. Allen et ses copains. À la finale, un gros plan sur lui, s’en allant la goutte au nez, un mouchoir à la main. L’élégance du nerveux !

En deuxième partie, le récipiendaire de la palme d’or d’honneur : Bernardo Bertolucci. Assise cette fois, dans la salle de presse, crayon et calepin en main, il est arrivé en chaise roulante avec une casquette style Serge Losique. Je suis restée bête. Hein ? Mais Bernardo, que sait-il passé ? Je n’en sais pas plus pour l’instant. On a seulement souligné dans la presse des problèmes de santé depuis 2 ans. Par contre, rassurez-vous, il n’a pas perdu de sa verve ! S’exprimant dans un français où l’accent l’italien ajoutait au charme, il a expliqué tout l’honneur de recevoir le prix, qui sera désormais remis à chaque année à un réalisateur qui n’a jamais été honoré par une Palme D’or. C’est d’ailleurs De Niro qui lui a remis le soir même. En réponse à la question d’un journaliste qui se demandait si Robert allait dire quelque chose. Bertolucci a mentionné que le célèbre Bob était  un « homme assez laconique ». Tout le long de la conférence, il s’est adressé la plus part du temps en français.  Il a parlé d’une fête qu’il a déjà donnée chez lui avec les membres de la nouvelle vague chinoise qui incluait des réalisateurs comme Zhang Yimou ou Chen Kaige, qui d’ailleurs joue le rôle de capitaine de garde dans The Last Emperor. Ensuite, il a parlé futur avec son nouveau projet, lui qui n’en avait plus depuis quelques années et qui ne croyait pas refaire un film, voici qu’il désire tourner en 3D, probablement avec beaucoup de mouvements de Dolly, dus à sa chaise roulante, s’est-il exclamé.  Henri Béhar, le célèbre modérateur et traduction des conférences de presse de Cannes et Toronto a lancé : « Alors le film comprendra 1 lieu, 2 personnages et 3D ? » Bertolucci a acquiescé en riant. Il a ensuite mentionné que le succès peut rendre fou et s’est ce qui a de pires quand on remporte les honneurs. Il donnait en exemple le succès d’Un tango à Paris où dans l’année qui s’en suivit, il a vécu à cent à l’heure pensant que tout lui était dû. Bref, une belle rencontre avec le maestro qui est reparti sous les applaudissements chaleureux de la presse après avoir répondu à une dernière question sur l’importance de la sexualité dans ses films. Henri Béhar a alors dit : « Désolé, mais tu as seulement 30 secondes pour répondre. »  Et Bertolucci de répondre: « So it’s will be a quicky ! ».

Le jury et son président

 Eh bien oui, ils sont tous là ! Robert De Niro au centre et dans le champ de vision de toutes les caméras, accompagné par les réalisateurs Olivier Assayas, Johnnie To, Mahamat-Saleh Haroun (le cinéma du Tchad, c’est lui seul… ou presque !), des actrices Uma Thurman (avec ses grosses lunettes fumées et l’air de s’emmerder), Martina Gusman d’Argentine, le séducteur Jude Law (et son air supérieur, espérons que c’était une façade…), la productrice Nansun Shi et finalement l’écrivaine norvégienne Linn Ullmann (oui, fille du grand Ingmar Bergman et de la légendaire Liv Ullman. Présidente de la fondation Ingmar Bergman également. Une beauté très sophistiquée qui était des plus aimables et sympathique avec la presse. Un charme !). Tout ce beau monde devant moi ! Bizarrement, je n’étais pas le moindrement impressionnée. Eh non. Ça doit être la fatigue.

Les points forts de la conférence en accéléré :

  • Ça fait 35 ans que De Niro vient à Cannes.
  • Le président ne cherche rien en particulier dans les films qui viendront à ses yeux. Pas de points précis. Rien d’autres de vraiment pertinent à ajouter… Vraiment un homme de peu de mots.
  • Le réalisateur Tchadien, Mahamet-Saleh a fait en sorte, avec son prix à Cannes l’an dernier pour Un homme qui crie, de démontrer l’importance du cinéma dans son pays. Il y aura donc une école de cinéma qu’il dirigera et des fonds débloqués pour les jeunes cinéastes et le Tchad a maintenant depuis quelque temps son premier cinéma nommé Le Normandie.
  • Lynn Ullman a répondu à une question très peu pertinente (ou seulement mal posé…) indiquant si elle s’attendait à ce que ses copains du jury lui posent des questions sur ses parents. Elle a mentionné qu’elle n’en avait aucune idée, mais que le but de l’exercice du jury était de parler cinéma.  Elle a enchaîné que son père, depuis son enfance et ce jusqu’à la mort du réalisateur de Persona, lui faisait voir environ 2 films par jour, tous les jours. « This is your education. », lui aurait dit le paternel. WOW ! Là, j’étais sous le charme !
  • Le jury s’est rencontré pour la première fois lundi dernier.
  • Ils verront 20 films au total en 2 semaines.
  • Le modérateur Henri Béhar a lancé en conclusion : The fun is over ! Now the work begins !

Mais pourquoi ?!

 Un second film. Sleeping Beauty de Julia Leigh. Je ne sais pas quoi dire à part ceci : si un homme avait réalisé ce film long et à la limite de l’emmerdement sur une jeune fille libertine et paumée qui prend un emploi en tant que « dormeuse » et se fait toucher par des hommes qui ont payés cher pour le privilège, pénétration exclue… Et bien, tous les féministes du monde seraient aux barricades en train de vouloir le brûler. Mais c’est une femme alors… Vraiment, j’ai presque hâte de voir la conférence en différer parce que je veux comprendre POURQUOI ??!!

Fin avant de continuer

 Maudite grève des transports en commun ! C’est intolérable ! Mais ça ne sera qu’une journée alors tant mieux. Je suis crevée, j’ai peu mangée et beaucoup trotté, j’en vais me coucher.

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Un commentaire

  1. Isabelle said,

    Hello Julie!!
    Petit message pour te dire que j’ai commencé à lire tes aventures (folie de travail oblige, j’ai dû reporter cette savoureuse lecture), lesquelles remportent un beau succès au bureau !! Un mot: wow!! Tout un univers à découvrir, de la moquette d’EV au tapis rouge, ça doit donner un coup quand même… Conférence de presse avec Allen et de Niro (le bavard et le laconique)… That’s something!!! Tu es formidable à lire, fais-nous rêver – et en plus, on a des critiques de film (on va tenter de ne pas rater le prochain Woody)!!
    Isa XXXX

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