Avant de revenir.

21 mai 2011 at 12:33 (Cannes 11)

Cré journalistes!

À un jour de la fin du festival, je reprends l’écriture avant de perdre Internet. Alors que j’avais promis lors du dernier texte de revenir sur le SCANDDAAALLLEEE!!! de ce cher Lars, je crois qu’il serait préférable de passer l’éponge, mais j’ai quand même quelques mots pour les journalistes.

N’importe quoi!! C’est trop facile de prendre une phrase et de la sortir de son contexte. De faire un fait avec une blague, qu’elle soit de mauvais goût ou non. C’est beaucoup, beaucoup trop facile. Il y a eu trop peu de journalistes qui ont osé écouter ou regardé la conférence de presse au complet et au mieux qui ont suivi attentivement, patiemment assis dans la salle, la rencontre médiatique autour du film Melancholia (un excellent film en passant). Je me demande bien comment les journalistes auraient réagi si la blague avait comporté le nom Pinochet, de Milošević ou des Tonton Macoute. La donne aurait probablement été très différente, mais ce n’est qu’hypothèse. Le scandale, aussi virulent soit-il, est bon pour la promotion. Quand Antéchrist a été présenté à Cannes, Trier s’est exclamé qu’il était le plus grand cinéaste du monde. Encore une blague, qui je dois l’admettre contenait selon moi un peu de vérité ! Les journaux s’en sont régalé et les gens ont été dégoutés. Qui a été au fond des choses ? Peu de gens, puisque c’est plus facile de se faire nourrir par une main automatique, que de le faire nous-mêmes. Tout au long de la conférence de Melancholia, Trier a été assez baveux, il est comme ça. Il peut être tellement plate en entrevue puisque de un, il déteste ça et de deux, il s’en fout. Il ne répond pas vraiment aux questions, il ne cesse de sortir des phrases insensées, c’est un excellent pince s’en rire. Pourquoi vient-il alors, pensez-vous ? Parce qu’il est invité et parce que sa présence remplit la salle de journalistes. Je me range du côté de Catherine Deneuve, lorsqu’elle a répondu à une journaliste concernant Trier, lors de la conférence de presse des Bien-aimés de Christophe Honoré et qu’elle a dit ne pas endosser les propos, mais que le pire dans l’histoire c’est la façon dont la presse internationale a réagi.

 

C’est tout le temps à moi que ça arrive !

Cette semaine, j’ai pris ma culpabilité et ma politesse judéo-chrétienne et je l’ai balancé à la mer, quelles aient nourrir les requins ! Je suis donc arrivée à la première projection du matin avec la ferme intention de ne pas me laisser dépasser par personne et de ne pas m’excuser non plus. Ils sont comme ça ici, pourquoi pas moi ? En arrivant dans la file, j’ai donc pris ma place en bousculant un peu un homme. Il n’a pas semblé en faire de cas sauf pour le court soupir exprimé. Il était en conversation avec des gens. Je suis devenue blanche comme un drap. J’ai reconnu sa voix. J’ai voulu m’enfoncer dans le ciment jusqu’au cou avec un marteau piqueur pour être sûre de ne pas survivre (mais comme le dit une collègue : « Même si tu te mets la tête dans le sable, tes fesses, elles, ne sont pas protégées). J’ai retourné ma tête lentement pour voir le badge de l’homme afin de confirmer la peur. POURQUOI ???!!! C’est bien lui. J’ai tenté de cacher mon visage, de faire semblant que je n’étais pas en train de faire pipi dans mon pantalon. Vous pensez peut-être à une vedette, Robert De Niro ou Jude Law. Mais non, c’est pas quelqu’un de connu nécessairement. Une personne importante pour moi par contre. Son nom : Piers Handling. Profession : Directeur du Festival international des films de Toronto. Ze master zu TIFF. Évidemment, il doit s’en foutre comme dans l’an 40. Il ne me connaît pas une miette. Mais moi, j’admire vraiment cet homme. Les requins m’ont donc retourné en pleine face ce que je leur avais donné, ils ont un excellent lancer. Pourquoi est-ce que les gentils ont toujours torts ?

 

Petits rênes aux nez rouges

Les visages ont changé du blanc au rouge au brun ici. On a tous un teint d’enfer ! Y’a juste le nez qui reste plus rouge. Entre le joli halo de soleil et l’imitation de homard cuit, les cinéphiles ont eu droit à une température incroyable. Trois heures de pluie. 3 heures en deux semaines. Je parle de la température ici puisque ce sera la première question de ma mère à mon retour. Ensuite, elle me parlera de ma sécurité, de ma gentillesse avec les autres et finalement, il y a des chances qu’elle ose : « T’as vu plein de bons films ? » Je sens aussi que le plus vieux de mes frères, si jamais je le croise dans la prochaine année, me demandera le nombre de films vus afin de ne pas en revenir et de me faire sentir comme si ma vie était une perte de temps. Vous êtes curieux du nombre vous aussi ? À Toronto, l’an dernier, j’ai battu mon record et j’ai vu 49 films en 10 jours. À Cannes, je n’ai pu en voir autant, mais ça doit approcher la trentaine. Il faut quand même relativiser et mentionner qu’avec des courts métrages de quelques minutes, ça va vite. Alors, voilà pour le nombre de films et la température, ça pourrait m’aider à réduire le nombre de réponses en leitmotiv.

Silence et toussotements

Je suis fascinée par un rituel bien étrange qui arrive partout et de plus en plus, mais qui ici semble être installé depuis longtemps. À chaque ouverture de rideau, alors que l’annonce visuelle et sonore du festival arrive devant nous et que les derniers mots s’essoufflent pour laisser place au silence, tout le monde en profite pour tousser de bon cœur. C’est systématique chaque fois, sans que personne ne se conscientise, les gorges se débloquent à qui mieux mieux. C’est un concert ridicule et agaçant qui prépare mal l’entrée d’un film. Une habitude qui me fait frissonner. Pour mieux comprendre le phénomène, j’ai tenté l’expérience ce matin. J’ai toussé de bon cœur et en chœur avec tout le monde. Résultat, aucune sensation de bien être particulière, je suis restée la même personne, mis à part mon nez et mes yeux qui étaient comme deux robinets possédés par Satan. J’avais quand même une bonne raison de le faire étant donné mon état, mais je n’ai pas senti le mieux-être auquel je m’attendais. Rien, nada, nothing niet. C’était très décevant comme expérience et je me suis donc résolue à ne plus recommencer à moins d’avoir une bonne raison de le faire, comme un gros matou dans la gorge.

Moment de réveil matinal

 

Quand ça fait une semaine que tu te lèves à 6h30 alors que tu as dormi plus ou moins 4 heures, le réveil est de plus en plus brutal. Donc, ça donne des situations où tu te crèmes à l’antiphlogistine au lieu de mettre de la crème solaire. Ça permet donc de rater ton bus et d’arriver assez juste pour la séance de 8h30 où tu as le cou tordu parce que le dernier siège qui reste est dans la section la plus proche et à l’ouest de l’écran, mais au moins ça te donne un autre paragraphe à mettre dans ton blogue. Positivisme quand tu nous tiens, tu nous tiens en maudit !

Sean

 Sean Penn est un grand acteur. This Must Be The Place de Paolo Sorrentino, un excellent film où il interprète une ancienne vedette de rock (mélange entre Robert Smith de The Cure en habillement, crinière incluse et Ozzy Osbourne au niveau de la démarche et la parole) qui, suite à la mort de son père, part à travers les États-Unis pour le venger. La seule chose de bien intéressante est que j’ai eu son autographe à la sortie de la conférence de presse. J’en suis très fière. Voilà, Sean et moi, on a connecté le temps qu’il glisse le stylo-feutre sur mon magazine, les yeux dans la graisse de bine due à un party qui s’est éternisé. Salut Sean et merci !

Hommage

Moment d’émotion ici, attention. Je tiens à rendre hommage aux jeunes (et un peu moins jeunes…) créateurs venus ici présenter leurs courts métrages. Certains mieux aidés que d’autres, ils sont venus rencontrer le grand monde qui sauront peut-être leur ouvrir les portes du marché cinématographique. Beaucoup ont sacrifié leurs économies, ont dû emprunter pour être dans le feu de l’action. Ceux qui pensent que c’est la belle vie et que tout est payé pour ceux qui se déplacent vous vous tirez dans le pied ! Leur fougue est exemplaire, leur audace grande puisqu’ils se mesurent à une foule très dense de créateurs féroces. La grande différence sera leur authenticité, leur parole singulière, leur manière de voir le monde et de raconter des histoires.

Certains croient à tort que les artistes sont des enfants gâtés. On leur demande de changer de voix, de changer ce qu’ils sont depuis la nuit des temps, comme l’Église le faisait si bien il n’y a pas si longtemps. Demande-t-on à des architectes de devenir des avocats en droit criminel ? En Belgique, il existe un fonds d’aide aux artistes afin de les aider à survivre aux périodes creusent puisque ce n’est pas parce qu’on parle de toi dans les magazines que tu peux beurrer tes toasts. Au Québec, on les met sur le bien-être social, en leur proposant la voix du changement de carrière. Si vous saviez qui est passé par cette voix, dans les grands noms, vous resteriez bouche bée.

Alors, voilà, je lève mon verre à ceux et celles qui persistent et signent. J’ai parlé avec des gens absolument géniaux. J’ai vu des œuvres incroyables, du talent à revendre. Tout le monde le dit, aux Québec on est bourré d’artistes formidables ! Je vous souhaite donc, chers créateurs et créatrices, le plus bel avenir professionnel chez vous, à Cannes et ailleurs. Vous avez tout mon respect d’être venu affronter le grand marché du film cannois.

Pain is not a final destination, but it sucks.

Bon, on est dans le dernier tournant du festival. La fin, la clôture, le trait final, c’est demain ! Mon corps a choisi d’accepter un microbe et de le laisser se multiplier à volonté créant ainsi yeux larmoyants et vitreux, écoulement nasal, un peu de fièvre et beaucoup d’écoeurement. Je suis une combattante, mais y’a des moments où j’aimerais vraiment qu’on me foute la paix. Comme présentement. Là, maintenant. Je parle du microbe, pas du festival. Au contraire, je sens que je vais pleurer lundi lors de mon départ. Autant à mi-chemin, et ça m’arrive tout le temps, j’ai envie de retrouver ma routine montréalaise, autant à la fin du séjour, je ne veux plus partir. J’ai donc trouvé une quincaillerie où j’ai acheté des chaines et des cadenas pour m’attacher au palais du festival, côté plage. J’ai quand même vérifié la température et il semblerait que le beau temps sera au rendez-vous. Deux choses très importantes alors, un bon chapeau et de la crème solaire. Les Québécois aussi sont capables de faire la grève ! J’espère juste que j’aurai encore un peu de force pour le faire, se cadenasser quand on ne voit rien à cause des yeux qui coulent, c’est pas évident.

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