Quel est ton film préféré?

30 octobre 2011 at 21:06 (Aventures parallèles)

Quand on me pose cette question, je deviens inconfortable. J’en ai vraiment aucune idée. Mon ultime film préféré, ça dépend des jours, ça dépend de l’ambiance. Ça dépend de beaucoup de facteurs. Je ne crois pas avoir UN film préféré. Je dois avoir un top 100 caché quelque part dans ma mémoire de cinéphile. Une liste que je n’ai jamais écrite, jamais disséquée même oralement ou en pensées. Bien sûr, il y a des films que je préfère, des réalisateurs que j’adore peu importent (ou presque) ce qu’ils me présenteront. Bien sûr, il va sans dire.

Pour moi, le cinéma est une expérience. C’est donc plus que le film en soi, c’est ce qui s’est passé avant, ce qui se passera après; préférablement une discussion en solo ou plus si affinités qui pourra pousser l’expérience plus loin. Ça dépend si le projectionniste est à son affaire et voit rapidement que l’image est floue, que le son est distorsionné, règle avec agilité les problèmes encourus avec la projection. Ça dépend combien de personnes vont gosser sur leur OsBIP de putain de TabarBIP de gugusse à lumière. Si possible, aucune ne le fera, mais c’est peine perdue de l’espérer. Si la personne assit derrière moi piochait sur le dossier de mon banc, si les gens autour, à l’avant ou même en général parlaient, bougeaient, dérangeaient, bouffaient bruyamment leur putain de pop-corn au beurre format ogre boulimique ou pratiquaient des cochonneries coquines afin d’arroser de piquant leur nouvelle ou ancienne relation. Pas facile pour tous de sortir de chez soi sans amener ledit chez-soi dans un endroit public où chacun a droit à son calme et à sa bulle. Oui, mesdames et messieurs ont en est rendu là, à craindre le pire quand on va au cinéma et qu’on a payé le prix. Pas étonnant que les gens préfèrent rester à la maison. On ne sait plus comment se comporter en public. Personnellement, je crains être trop sensible au moindre dérangement. Un simple tic répété chez mon voisin, des commentaires continus, même ceux de mes amis assis près de moi, me tape sur les nerfs et influence automatiquement ma concentration et mon expérience cinéphilique. Je suis un aimant à cons lorsque je vais au cinéma. Plus j’espère une projection tranquille, plus je suis entourée de débiles. T’as une œuvre travaillée depuis des lunes parfois par des centaines de personnes alors… ferme ta yeule, bouge pas et enjoy! Si t’es pas content, sors et fais le savoir à l’extérieur à qui tu voudras! Dans certains cinémas, tu pourras même te faire rembourser!

Revenons à la question inconfortable. Je crois que ma première expérience au cinéma restera capitale. C’était au cinéma Odeon du Carrefour Laval. Avant, il y avait un cinéma en face du Carrefour Laval (bien avant l’horreur du Colossus!), à quelques pas du Sheraton. Un petit cinéma où ma mère et ma marraine m’ont amenée pour la première fois à la rencontre de ce qui allait devenir ma plus grande passion, ma plus belle histoire d’amour. Le film de l’heure du moment : Bach et Bottine d’André Melançon produit par le plus incroyable des producteurs de films intelligents pour enfants : Rock Demers. Mon premier film, ma première odeur de pop-corn, les grands bancs confortables et un écran blanc gigantesque devant mes yeux écarquillés de bonheur. J’ai encore l’image dans ma tête.  J’ai encore l’odeur aussi. Du bonheur rien que du bonheur. C’était mon cadeau de fête de l’époque de mes huit ans. Je me souviens avoir été captée par le film, une œuvre que je me suis achetée beaucoup plus tard et qui fête cette année ses 25 ans. Un film vraiment formidable pour un enfant. Je crois franchement que ma génération a eu une chance inouïe d’avoir Rock Demers et ses contes pour tous. Quelle chance! Pour les Étatsuniens, ça été le fameux E.T. en 1982 (que je n’ai jamais vu au complet, je suis probablement seule sur mon île, mais je m’en contre fiche), Les Goonies en 1985 (Goonies, Goonies!!), etc. D’ailleurs, Bach et Bottine et Les Goonies ont la même cote du côté de Médiafilm, c’est-à-dire un 4 pour bon. (Bon?! Come on!!) E.T. récolte pour sa part un 2 pour la mention remarquable. SCANDALE!! Je donnerais bien un 2 à Bach et Bottine. Un extraterrestre qui s’appelle E.T. c’est pas mal moins original qu’une mouffette domestique qui s’appelle Bottine. J’dis ça d’même là.

Or donc, mes premières heures avec le grand écran du cinéma m’ont profondément marquées, et c’est probablement pourquoi Bach et Bottine est l’un de mes films préférés. En voilà un, le tout premier. Les autres se sont enchaînés l’un à la suite de l’autre. J’en parlerai plus tard.

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Sur le blogue de l’ONF

19 octobre 2011 at 20:19 (Aventures parallèles)

   J’ai commencé ma journée dans les gaffes. Échappe ceci, échappe cela. Je suis arrivée juste dans la salle pour voir Johnny Depp dans Rum Diary. Je ne peux pas vous parler du film, j’ai signé un embargo pour ne rien dévoiler avant le 28 octobre prochain, date de sortie du film. Bref, visionnement et ensuite hop au travail. Le bonheur a sonné à mon cœur quand j’étais entrain d’alimenter le Facebook de ma compagnie et que j’ai vu par hasard mes actualités où l’on annonçait « Les 10 blogues pour cinéphiles à suivre » compliment du blogue de L’ONF. Ç’a été plus fort que moi, j’ai cliqué pour aller voir. Quelle ne fut pas ma surprise de voir mon blogue dans le top 10 du billet de Catherine Perreault, tout juste en dessous de celui de Patricia Bergeron, chroniqueuse-critique à CIBL pour l’émission de Daniel Racine : Cinéfix. Le cœur m’a fait trois tours. C’est à ce moment que le technicien informatique est arrivé pour changer mon ordinateur. Le rendez-vous était prévu, mais le timing était un peu bizarre. J’étais survoltée, j’ai presque couru dans la salle de rédaction pour hurler que mon blogue était sur celui de l’ONF. L’ONF!!!! Comprenez-vous? C’est vraiment grand! Je me souviens quand je demandais au chum de mon amie Micheline, Richardo!, qui travaille là, de m’amener les films d’Arthur Lipsett et de me faire découvrir pleins d’oeuvres et de créateurs. C’était vraiment très inspirant. Une douzaine d’années plus tard, j’ai une mention sur leur blogue. C’est vraiment très touchant. Alors chère Catherine Perreault, MERCI!

http://blogue.onf.ca/2011/10/19/10-blogues-pour-cinephiles/

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Laurentie de Mathieu Denis et Simon Lavoie

17 octobre 2011 at 19:54 (FNC 11 40 ans, Tac-tic critiques)

Ah ben tu parles. Si je m’attendais à ça. Un dimanche soir automnal maussade. Le corps latent, le cœur penchant pour un emmitouflage en règle dans les couvertures douillettes, un livre sous les yeux. En contrepartie, j’avais la tête curieuse de voir l’œuvre Laurentie. L’idée prenait de plus en plus de place. J’en avais entendu du bien et du mal. Un certain cinéaste québécois en vue aurait même donné le qualificatif de raciste au film. On m’avait parlé de la lenteur, de la poésie, de la performance incroyable, de la difficulté à absorber le film et j’en passe des vertes et des pas mûres.  Le film avait été choisi pour le Festival de films de Karlory Vary en République tchèque en juillet dernier.

À part la lenteur du film, les plans longs et attentifs au sujet principal, Louis 28 ans dépressif interprété avec maitrise par Emmanuel Schwartz, je ne m’attendais à rien. J’en suis sortie soufflée, estomaquée par ce message si fort, par cette caméra qui bouge à peine devant l’insoutenable douleur de nous. Mon Québec, ma génération, engloutis dans le marasme, cette paralysie suffocante, cette inertie inconfortable. On regarde le monde en ne pensant qu’à nos rêves individuels oubliant que nous avons été construits par des rêves communs. Les rêves d’une communauté tricotée serrée. On s’est fragmenté, on s’est perdu et l’on ne sait plus où l’on en est. Pourtant, on a beaucoup… ou presque.

La poésie est omniprésente dans Laurentie. Dès le départ, nous retrouvons le célèbre recueil que tous les collégiens ou presque ont dû se procurer : La poésie québécoise par Laurent Mailhot et Pierre Nepveu. Un incontournable qui bouclera, d’une façon, le message du début à la fin. La poésie qui persiste également à la fin de certaines scènes et s’inscrit en douleur sur l’écran.

Une poésie de douleur perçue également à l’intérieur du cadre que nous propose de temps à autre une caméra fixe laissant parler un homme qui marche vers la sortie de l’Église en traversant des tables sur lesquelles des denrées alimentaires sont installées ou alors Louis entouré de ses deux amis écoutant une symphonie classique et buvant leur bière. Deux scènes magistrales loin du surplus spectaculaire. De la sobriété, de la dureté, des vérités à peine voilées.

Raciste? Non, je n’en crois rien. Percutante vérité? Oui. Delà, saurons-nous enfin nous soulever de nouveau? Est-ce enfin une prise de conscience qui nous remettra sur les rails? Soyez impatients de le voir sur nos écrans si vous êtes prêt à en prendre le risque. C’est le film d’une vie créé au début de celles de deux esprits dont j’ai très hâte de voir la suite.

Je viens vraiment de rater la première du film Décharge de Benoit Pilon (Ce qu’il faut pour vivre) pour écrire ce billet. À l’impérial en plus!!

Plus de détails sur Laurentie :

Un texte de Normand Provencher du Soleil : http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/le-soleil-a-karlovy-vary/201107/03/01-4414647-laurentie-avoir-mal-a-son-quebec.php

Détails et affiche magnifique sur Cinoche.com : http://www.cinoche.com/films/laurentie/index.html

 

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La beauté Baillargeon

17 octobre 2011 at 18:52 (Aventures parallèles, FNC 11 40 ans, Hommages)

Le FNC est commencé depuis près d’une semaine déjà. 40 ans de cinéma novateur. Bien que mon pas soit au ralenti côté cinéma depuis le TIFF, le tout attribuable à plusieurs éléments dont une montée des heures de travail et donc de gagnage de croûtes. C’est dur de résister au paiement de loyer, des comptes et de se vautrer dans les grilled cheese. J’ai trop repoussé l’écriture des films à voir, des suggestions pour le FNC, que je n’ai finalement rien écrit jusqu’à aujourd’hui. Il a suffi d’un commentaire de ma part sur le film 30 tableaux de Paule Bailllargeon sur Twitter et une mention du compte de l’ONF sur ledit commentaire pour que je m’assoie et parte à la rencontre de l’écriture.

Me voici donc deux jours après le visionnement de 30 tableaux de Paule Baillargeon. Un film créé grâce à sa résidence à l’ONF. J’avais rencontré madame Baillargeon à la fin janvier 2010, alors que la cinémathèque faisait une rétrospective de son œuvre. Une rencontre inoubliable avec Olivier, cofondateur et animateur de l’émission Cinéclectique à CISM, dans laquelle j’étais chroniqueuse. On lui avait offert un martini, elle avait été d’une gentillesse, d’une franchise infinie. Elle avait alors reçu le premier prix French D’or, elle l’avait bien rit. C’était juste avant le visionnement de son film Le sexe des étoiles, j’étais sortie presque en larmes de la cinémathèque après l’entrevue. Mon cœur bondissant, mon corps palpitant après une rencontre d’un bonheur inexplicable. Jamais attendre l’autobus n’avait été une expérience si réjouissante.

Pour plus de détails sur l’expérience: https://amenicart.wordpress.com/2010/01/27/je-l’ai-fait/

French d’or : https://amenicart.wordpress.com/2010/01/22/prix-french-dor-hiver-2010-remis-a/

 

 

Comme vous l’avez sentie, j’ai une grande admiration pour Paule Baillargeon. Plusieurs points en commun nous relient malgré les années qui nous séparent. Cette colère inassouvie, un état d’urgence envers les injustices, surtout ceux reliés au féminin. Et puis sa beauté, une beauté franche et naturelle. Ce n’est pas un point commun, mais un point d’admiration. Je déplore activement le fait que certaines femmes qui ont défriché les terres vierges de la culture et de l’émancipation des femmes au Québec tombent présentement dans les pièges mercantiles qui nous assaillent concernant la beauté. Je hurle de savoir que certaines de ces femmes qui ont tenu le fort, malgré eux peut-être, du modèle de la force et de l’intelligence féminine s’en remettent  aux soins de l’esthétique plastique pour ne pas perdre une image au détriment d’une autre qu’elles ont peur de voir et qui est, relativisons les choses, reliée au cycle naturel de la vie. Que nous montrez-vous maintenant? Que nous devons passer sous le bistouri pour s’appartenir dès un certain âge, pour continuer à avoir une voix lorsque les rides de la vie apparaissent? Qu’est-ce qui vous a fait baisser les bras? Je croyais que vous aviez plus de force et d’expérience que ça, c’est du moins ce que vous aviez laissé sous-entendre à tant de femmes et d’hommes qui vous admirent. Vous avez encore beaucoup à dire, mais vos visages sont maintenant malsains. Alors que la femme invisible (terme emprunté à madame Baillargeon) est de mise sur la plupart des tribunes, dans le supposé idéal de beauté, dans les publicités de bière comme  dans celles de balais avec moumousses rechargeables. On en est encore là… hélas.

Ceux qui auront lu le paragraphe ci-haut et qui en auront déjà assez, je ne vous conseille pas 30 tableaux de Paule Baillargeon. Ce n’est pas pour vous. Ce film n’est pas colérique ni ne regarde le passé d’un air malsain.  Ce film parle de l’intériorité bouillante d’une artiste. Une artiste qui a su se questionner, d’hier à aujourd’hui, de façons passionnées. La source du questionnement est expliquée, pas énormément dans les détails, mais on comprend et surtout on réfléchit. Un portrait intimiste d’une artiste dont la voix est importante. Une incursion par les dessins de la principale intéressée et l’animation de ceux-ci. Des dessins de blessures, de bonheur intime entre Val-d’Or et Montréal. On commence tous les tableaux par l’âge avec l’appellation : « J’ai 64 ans. J’ai 27 ans. J’ai 60 ans. J’ai 10 ans. » On va et on vient dans l’âge en illustrations construites de mots narrés et d’images colorés. On parcourt ainsi les divers événements marquants de la vie personnelle de la réalisatrice de La cuisine rouge.

Plusieurs générations étaient représentées lors de la deuxième représentation. La réalisatrice a humblement répondu aux questions et a reçu les divers commentaires remplis d’espoir de part et d’autres. Certains auraient aimés passer la soirée à prendre des martinis avec l’artiste, je suis de celle-là.

Le film 30 tableaux de Paule Baillargeon, produit par l’ONF, devrait sortir au mois de mars 2012.

Pour plus d’informations sur le film, voici quelques liens intéressants :

ONF (Investigateur du film) :

http://blogue.onf.ca/2011/10/11/trente-tableaux-dans-la-vie-de-paule-baillargeon/

Entrevue à l’émission Désautels de la radio de Radio-Canada :

http://www.radio-canada.ca/emissions/desautels/2011-2012/chronique.asp?idChronique=178388

André Duchesne de La presse pose cinq questions à Paule Baillargeon :

http://moncinema.cyberpresse.ca/nouvelles-et-critiques/entrevues/entrevue/15857-cinq-questions-a-paule-baillargeon.html

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