Laurentie de Mathieu Denis et Simon Lavoie

17 octobre 2011 at 19:54 (FNC 11 40 ans, Tac-tic critiques)

Ah ben tu parles. Si je m’attendais à ça. Un dimanche soir automnal maussade. Le corps latent, le cœur penchant pour un emmitouflage en règle dans les couvertures douillettes, un livre sous les yeux. En contrepartie, j’avais la tête curieuse de voir l’œuvre Laurentie. L’idée prenait de plus en plus de place. J’en avais entendu du bien et du mal. Un certain cinéaste québécois en vue aurait même donné le qualificatif de raciste au film. On m’avait parlé de la lenteur, de la poésie, de la performance incroyable, de la difficulté à absorber le film et j’en passe des vertes et des pas mûres.  Le film avait été choisi pour le Festival de films de Karlory Vary en République tchèque en juillet dernier.

À part la lenteur du film, les plans longs et attentifs au sujet principal, Louis 28 ans dépressif interprété avec maitrise par Emmanuel Schwartz, je ne m’attendais à rien. J’en suis sortie soufflée, estomaquée par ce message si fort, par cette caméra qui bouge à peine devant l’insoutenable douleur de nous. Mon Québec, ma génération, engloutis dans le marasme, cette paralysie suffocante, cette inertie inconfortable. On regarde le monde en ne pensant qu’à nos rêves individuels oubliant que nous avons été construits par des rêves communs. Les rêves d’une communauté tricotée serrée. On s’est fragmenté, on s’est perdu et l’on ne sait plus où l’on en est. Pourtant, on a beaucoup… ou presque.

La poésie est omniprésente dans Laurentie. Dès le départ, nous retrouvons le célèbre recueil que tous les collégiens ou presque ont dû se procurer : La poésie québécoise par Laurent Mailhot et Pierre Nepveu. Un incontournable qui bouclera, d’une façon, le message du début à la fin. La poésie qui persiste également à la fin de certaines scènes et s’inscrit en douleur sur l’écran.

Une poésie de douleur perçue également à l’intérieur du cadre que nous propose de temps à autre une caméra fixe laissant parler un homme qui marche vers la sortie de l’Église en traversant des tables sur lesquelles des denrées alimentaires sont installées ou alors Louis entouré de ses deux amis écoutant une symphonie classique et buvant leur bière. Deux scènes magistrales loin du surplus spectaculaire. De la sobriété, de la dureté, des vérités à peine voilées.

Raciste? Non, je n’en crois rien. Percutante vérité? Oui. Delà, saurons-nous enfin nous soulever de nouveau? Est-ce enfin une prise de conscience qui nous remettra sur les rails? Soyez impatients de le voir sur nos écrans si vous êtes prêt à en prendre le risque. C’est le film d’une vie créé au début de celles de deux esprits dont j’ai très hâte de voir la suite.

Je viens vraiment de rater la première du film Décharge de Benoit Pilon (Ce qu’il faut pour vivre) pour écrire ce billet. À l’impérial en plus!!

Plus de détails sur Laurentie :

Un texte de Normand Provencher du Soleil : http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/le-soleil-a-karlovy-vary/201107/03/01-4414647-laurentie-avoir-mal-a-son-quebec.php

Détails et affiche magnifique sur Cinoche.com : http://www.cinoche.com/films/laurentie/index.html

 

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La beauté Baillargeon

17 octobre 2011 at 18:52 (Aventures parallèles, FNC 11 40 ans, Hommages)

Le FNC est commencé depuis près d’une semaine déjà. 40 ans de cinéma novateur. Bien que mon pas soit au ralenti côté cinéma depuis le TIFF, le tout attribuable à plusieurs éléments dont une montée des heures de travail et donc de gagnage de croûtes. C’est dur de résister au paiement de loyer, des comptes et de se vautrer dans les grilled cheese. J’ai trop repoussé l’écriture des films à voir, des suggestions pour le FNC, que je n’ai finalement rien écrit jusqu’à aujourd’hui. Il a suffi d’un commentaire de ma part sur le film 30 tableaux de Paule Bailllargeon sur Twitter et une mention du compte de l’ONF sur ledit commentaire pour que je m’assoie et parte à la rencontre de l’écriture.

Me voici donc deux jours après le visionnement de 30 tableaux de Paule Baillargeon. Un film créé grâce à sa résidence à l’ONF. J’avais rencontré madame Baillargeon à la fin janvier 2010, alors que la cinémathèque faisait une rétrospective de son œuvre. Une rencontre inoubliable avec Olivier, cofondateur et animateur de l’émission Cinéclectique à CISM, dans laquelle j’étais chroniqueuse. On lui avait offert un martini, elle avait été d’une gentillesse, d’une franchise infinie. Elle avait alors reçu le premier prix French D’or, elle l’avait bien rit. C’était juste avant le visionnement de son film Le sexe des étoiles, j’étais sortie presque en larmes de la cinémathèque après l’entrevue. Mon cœur bondissant, mon corps palpitant après une rencontre d’un bonheur inexplicable. Jamais attendre l’autobus n’avait été une expérience si réjouissante.

Pour plus de détails sur l’expérience: https://amenicart.wordpress.com/2010/01/27/je-l’ai-fait/

French d’or : https://amenicart.wordpress.com/2010/01/22/prix-french-dor-hiver-2010-remis-a/

 

 

Comme vous l’avez sentie, j’ai une grande admiration pour Paule Baillargeon. Plusieurs points en commun nous relient malgré les années qui nous séparent. Cette colère inassouvie, un état d’urgence envers les injustices, surtout ceux reliés au féminin. Et puis sa beauté, une beauté franche et naturelle. Ce n’est pas un point commun, mais un point d’admiration. Je déplore activement le fait que certaines femmes qui ont défriché les terres vierges de la culture et de l’émancipation des femmes au Québec tombent présentement dans les pièges mercantiles qui nous assaillent concernant la beauté. Je hurle de savoir que certaines de ces femmes qui ont tenu le fort, malgré eux peut-être, du modèle de la force et de l’intelligence féminine s’en remettent  aux soins de l’esthétique plastique pour ne pas perdre une image au détriment d’une autre qu’elles ont peur de voir et qui est, relativisons les choses, reliée au cycle naturel de la vie. Que nous montrez-vous maintenant? Que nous devons passer sous le bistouri pour s’appartenir dès un certain âge, pour continuer à avoir une voix lorsque les rides de la vie apparaissent? Qu’est-ce qui vous a fait baisser les bras? Je croyais que vous aviez plus de force et d’expérience que ça, c’est du moins ce que vous aviez laissé sous-entendre à tant de femmes et d’hommes qui vous admirent. Vous avez encore beaucoup à dire, mais vos visages sont maintenant malsains. Alors que la femme invisible (terme emprunté à madame Baillargeon) est de mise sur la plupart des tribunes, dans le supposé idéal de beauté, dans les publicités de bière comme  dans celles de balais avec moumousses rechargeables. On en est encore là… hélas.

Ceux qui auront lu le paragraphe ci-haut et qui en auront déjà assez, je ne vous conseille pas 30 tableaux de Paule Baillargeon. Ce n’est pas pour vous. Ce film n’est pas colérique ni ne regarde le passé d’un air malsain.  Ce film parle de l’intériorité bouillante d’une artiste. Une artiste qui a su se questionner, d’hier à aujourd’hui, de façons passionnées. La source du questionnement est expliquée, pas énormément dans les détails, mais on comprend et surtout on réfléchit. Un portrait intimiste d’une artiste dont la voix est importante. Une incursion par les dessins de la principale intéressée et l’animation de ceux-ci. Des dessins de blessures, de bonheur intime entre Val-d’Or et Montréal. On commence tous les tableaux par l’âge avec l’appellation : « J’ai 64 ans. J’ai 27 ans. J’ai 60 ans. J’ai 10 ans. » On va et on vient dans l’âge en illustrations construites de mots narrés et d’images colorés. On parcourt ainsi les divers événements marquants de la vie personnelle de la réalisatrice de La cuisine rouge.

Plusieurs générations étaient représentées lors de la deuxième représentation. La réalisatrice a humblement répondu aux questions et a reçu les divers commentaires remplis d’espoir de part et d’autres. Certains auraient aimés passer la soirée à prendre des martinis avec l’artiste, je suis de celle-là.

Le film 30 tableaux de Paule Baillargeon, produit par l’ONF, devrait sortir au mois de mars 2012.

Pour plus d’informations sur le film, voici quelques liens intéressants :

ONF (Investigateur du film) :

http://blogue.onf.ca/2011/10/11/trente-tableaux-dans-la-vie-de-paule-baillargeon/

Entrevue à l’émission Désautels de la radio de Radio-Canada :

http://www.radio-canada.ca/emissions/desautels/2011-2012/chronique.asp?idChronique=178388

André Duchesne de La presse pose cinq questions à Paule Baillargeon :

http://moncinema.cyberpresse.ca/nouvelles-et-critiques/entrevues/entrevue/15857-cinq-questions-a-paule-baillargeon.html

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